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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 08:31
Trouver le chemin

               « Will finds the way »

               Œuvre : Dongni Hou

 

 

***

 

 

Qui est-elle l’Esseulée

Perdue dans la toile endeuillée de la nuit

Qui est-elle

Le sait-elle au moins

Car jamais l’on ne connaît

Ses propres contours

L’on ne saisit la ramure de son esprit

Il fait si sombre dans les avenues venteuses

De l’exister

Le ciel a bu ses étoiles

Les montagnes sont couchées

Dans leurs massifs de pierre

Les océans au loin flottent

Dans leurs rumeurs marines

Au-dessus des abysses où dorment

Les grands poissons aveugles

 

*

 

Y a-t-il quelqu’un sur Terre

Qui saurait l’étrange de cette navigation

 À vue

L’on n’entend même plus le bruit

De sa propre respiration

Parfois cela fait comme un bruissement d’insecte

Le gonflement de carton d’une chrysalide

Puis tout retombe dans un mortel ennui

La Fille

La Petite Fille

L’Exilée Majuscule

Dans sa robe de communiante

L’Egarée si touchante

Vers quels horizons vogue-t-elle

Quel destin l’appelle donc

HORS de soi

 

*

 

Oui HORS

Car IL FAUT SORTIR

De sa monade

De sa ruche au riche pollen

De sa lumière de nectar

Du moins nous le dit-on

Parfois avec véhémence

Comme s’il y avait danger à la fréquentation

 De son propre territoire

Donc faire éclater ses murs de mâchefer

Etre au plein jour de soi

Dans l’immémoriale clarté de l’être pur

Du devenir en sa plus efficiente réalité

 

*

 

Le REEL le REEL c’est ceci qui nous vise

Comme l’on viserait un condamné à mort

Comme l’on viserait la gorge épanouie d’une Belle

La corolle de porcelaine d’une rose

Autrement dit d’inatteignables contrées

Le réel est une imposture

Il est toujours où on ne l’attend pas

Jamais où on le souhaite

 

*

 

Tout autour de la Petite Créature

 Qui se nomme Fille

Le lac de la nuit a étendu ses ailes

Reconduisant la minuscule forme

 À son plus touchant effacement

Effacement oui car

Tout toujours se gomme

Tout toujours subit l’érosion

Tout toujours endure les morsures

De la solitude

Les violences  du Mal

Qui sinue

Ici et là

Parmi les milliers de pattes du peuple hagard

Du peuple qui se rassure de sa consistance

De chenille processionnaire

Mais une patte n’est jamais

Qu’une patte

Non le millier d’autres qui s’agitent

Chacune pour son compte

Chacune jusqu’à son propre délitement

Il ne demeurera en dernière instance

Qu’un monticule indistinct

Une flaque

Un marigot

Que les crocodiles du Temps

Viendront dépecer

De leurs dagues blanches

Puis ils iront dormir sur la rive

Au creux de leurs rêves de sauriens

 

*

 

De SAURIENS

De SORS RIEN

Vois-tu Petite Vie en constate expansion

Parfois faut-il procéder simplement par homophonie

Afin que les choses s’éclairent

Tu ne SORS DE RIEN

Surtout pas de toi

En toi tu demeures

Le monde est autiste

Tu es autiste

Je suis autiste

Nous sommes autistes

Et ainsi à l’infini de l’exister

Chacun vit pour soi en soi à l’intérieur de soi

(Oui je sais les thuriféraires

Les moralistes à la petite semaine

Les bourgeois amateurs

D’une infusion de moraline

Les bien-pensants

Les tartuffes

Les calotins

Tous les ci-devant nommés

Qui ne vivent que d’aumônes

Et de prêchi-prêcha

Pesteront contre tant de mépris

du Genre Humain

« Voyez l’Autre existe

Voyez comment il vient roucouler

 Et manger dans votre main

Le pain de la générosité »

« Mon-cul la générosité vitupère Zazie

Y a que des intéressés

Des profiteurs

Des opportunistes

Y frappent à ta porte

Quand ils sont dans le  besoin

Et te la claquent au nez leur porte

Dès qu’ils ont leur aise

Leur fauteuil au coin du feu

Un gentil petit magot à la banque

Ou planqué sous l’oreiller »

 

*

 

Et du reste nul besoin de convoquer

La Petite Poupée du Queneau

La délurée de la langue

La diseuse de vérité arsenicale

Il n’y a nulle communication

 Sauf quelques comiques allégeances

À ce qu’on nomme avec une emphase certaine

ALTERITE

« Altérité-mon-cul eût dit Zazie

Proférant en ceci l’une des plus ultimes vérités

Qui se puisse jamais atteindre

Sur cette Planète au Bleu qui vire à l’arc-en-ciel

An boueux

Au jaune de chrome

Au dégénéré

Tant les hommes s’en moquent

De la gentille balle

Qui roule sous leurs pieds

 

*

 

Sais-tu gentille Chercheuse de Vérité

Il n’y a guère que ceci qui vaille

Sur cette coquille de noix

Qui vogue vers l’infini

Avec sa charge de badauds

Tu es pareille au bon Diogène

Qui criait à l’encan

Lumignon au bout des doigts

« Je cherche l’homme

Je cherche l’homme »

Or l’homme-en-soi

L’homme pur cristal

De lui-même

L’homme porté par

Sa propre transcendance

Toujours sombre dans la première

Immanence venue

Le corsage d’une Belle

Le lucre au bout d’une juteuse activité

Le jeu qui fait tourner ses boules d’ivoire

Et ses roulettes dans les Casinos

Qui sont la seule réalité

Qui nous soit accessible

LA SEULE

Nous sommes des matières

Fascinées de matérialité

Nous sommes  matérialistes jusqu’au bout

De notre logique la plus exacte

Nous sommes des paquets d’atomes

Cherchant d’autres paquets d’atomes

Afin que forniquant de concert

Nous puissions renouveler

L’engeance claudicante

En vue de sa possible éternité

 

*

 

Mais revenons au Casino

En sommes-nous jamais partis

Avançant dans la nuit de l’être

On dilapide ses jetons

Impair  Passe et Manque

Trois P’tits tours et puis s’en vont

On joue jusqu’au bout de la nuit

Celle oui pas tellement réjouissante

Du bon Céline

Le Voyage en Aporie

D’où jamais l’on ne revient

On laisse des bouts de soi partout

Pourtant on se croit entiers

Mais on est en charpie

Du reste comment pourrait-on en ressortir

De l’excursion à Cythère

Qu’est censé être tout séjour sur Terre

L’AMOUR est un piège Majuscule

Un jeu de Mantes Religieuses

Il est si bon de manduquer l’Autre

D’en disséquer la substantifique moelle

Tout ceci ce sublime entendement

Qui porte aux nues

Luxe Calme et Volupté

Ne se donne jamais qu’au prix

De l’absurde à payer

En monnaie de singe

En argent de dupes

En pièces sonnantes et

TREBUCHANTES

 

*

 

Alors sais-tu gentille Petite Apparition

Lorsqu’on a bu toutes les ambroisies du monde

Touché les atours multiples

Et bariolés de ces Dames

Flirté avec les Beaux Arts

Admiré les paysages en carton-pâte

Qu’on nous tend au coin de chaque rue

De simples miroirs aux alouettes

De la roupie de sansonnet

Eh bien vois-tu on ouvre

La porte dérobée

Il y en a une dans chaque Casino

Même à Las Vegas il paraît

On enjambe le bastingage

Et HOP tête la première sur les rochers

Qui vous tendent leurs gentils moignons

Certes c’est pas bien ragoûtant tout ça

Mais y aura bien un gentil piranha

Aux dents finement aiguisés

Qui vous découpera telle une dentelle

Des Dames du Temps Jadis

 

*

 

Alors Petite Fille disciple

de Diogène-l’Onaniste

Lequel n’en faisait qu’à sa tête

N’en faisait qu’à son sexe

Toujours SEUL parmi ce peuple d’Intouchables

Petite Fée Magique tu pourras moucher

La flamme de ta lanterne

Il fera tout noir comme

Dans la gorge du Néant

Nul n’y verra goutte

Pas la plus petite faille par où glisser

Le bout de sa sclérotique

Pas le moindre recoin dont les pupilles

Pourraient faire leur rapide gloire

Il n’y a rien

Définitivement rien

Le NOIR seulement

Qui appelle la lumière

Mais la lumière est aphone

Elle n’a plus de VOIX

Plus de VOIE

Pour venir jusqu’à nous

Puisque reconduits au NEANT

Nous n’existons pas

Bye-bye Diogène

Tu peux éteindre ta lampe

L’homme n’existe pas

L’homme n’existe

L’homme

L’homm

L’hom

L’ho

L’h

L

 

*

 

 

 

 

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