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4 mai 2018 5 04 /05 /mai /2018 08:25
 Ils avançaient les hommes

                " Paysage avec arbres "

                Patrick Geffroy Yorffeg

                  ( Technique mixte )

 

 

***

 

 

Ils avançaient les hommes

 

Dans l’effroi d’eux-mêmes

Ils avançaient et leurs mains

 Étaient des serres

Que la lumière ne connaissait pas

Ils n’avaient d’horizon

Que leur peau

Ils ne voyaient

Que les globes

De leurs yeux

Ne sentaient que les paumes

De leurs mains

Partout était la terreur

Qui lançait ses flammes

Partout le vertige

Qui déployait ses lianes

 

*

 

Le chemin était long

Qui partait de la ruche

De leur corps

Revenait à leur socle

De chair

Avec les plis serrés

De la haine

Tantôt ils s’abreuvaient

De mots usés

Tantôt s’essayaient

À la station debout

La terre était noire

Et de lourd bitume

Qui recevait l’abîme

De leurs génuflexions

 

*

 

Partout étaient les guerres

Les jets d’aveuglant napalm

Les sifflements d’obus

La déflagration des tympans

Ils voyaient rouge

Les hommes

Le ciel s’embrasait

Les arbres-torches

Lançaient vers le ciel

La supplique

 De leurs frondaisons

Tragiques

 

*

 

Crucifiés les hommes

Pour la gloire

De quelques uns

Des Importants

Dingues à lier

Au loin étaient

Les casemates de verre

Où le pouvoir semait

Son vent de démence

Les couloirs feutrés

Où la mort se levait

Désignait ses innocentes

Victimes

Peu importait la couleur

Pourvu qu’on possédât

L’ivresse

 

*

 

Ils avançaient les hommes

 

Hagards

Perdus

Ne se possédant plus

Comment être à soi

Sous le régime

De la terreur plénière

Comment connaître

Son frère

Au visage creusé

Par tant d’obliques desseins

Comment être hommes

Alors que l’humanité

Est terrassée

Opprimée

Réduite aux acquêts

Si humbles

Si parcimonieux

À peine s’ils se donnent

À voir

Une simple lisière

Aux contours de l’être

 

*

 

Un jour un vent se lèvera

Qui dira aux hommes

 

La folie d’exister

De tuer ses frères

De n’avoir pour viatique

Qu’une inique moraline

Non une éthique

Qui les guiderait en raison

De ne thérauriser que de l’avoir

Une estime de SOI

Uniquement de SOI

De son EGO poli comme

Un bronze

 

*

 

Un jour un vent se lèvera

Qui dira aux hommes

 

Le refus de l’Autre

L’appât du gain

La recherche du brillant

Le refuge derrière l’ostentatoire

Tout cela qu’il faudra biffer

Gommer jusqu’au Rien

Broyer jusqu’au noir

 

*

 

Il faut beaucoup de sagesse

Il faut beaucoup d’humilité

Pour construire une humanité

Il faut se dessaisir de soi

Se porter au-devant

De son être

Voir avec les yeux de

Qui-n’est-pas-Soi

Du Pauvre

Du Déshérité

Du Laissé-sur-le-bord-du-chemin

 

*

 

Beaucoup de trains passent

Dont plus d’un ne voient

 Que les signaux rouges

Un sillage dans le temps

Une perte au fin fond

De l’espace glacial

Sidéral

Minéral

De l’espace qui boit

La vrille de l’espoir

La réduit à néant

 

*

 

Il faut beaucoup de temps

Beaucoup de patience

Pour faire un homme

UN VRAI

 

*

 

Ils avançaient les hommes

 

Sous le ciel d’airain

Sous le ciel incendié

Où les arbres-torches brûlaient

Où le chemin de goudron

S’enfonçait

Dans la nuit du monde

Dans la nuit

Furibonde

Du monde

 

*

 

Ce qu’il fallait faire

Ecrire le long poème

De l’insurrection

Le jeter aux flammes

Ignition des mots

SEULE ressource

De l’homme

Alors rien ne pouvait paraître

Hormis l’abîme

De la désolation

Peut-être les Erratiques présences

Comprendraient-elles

Enfin

L’immense dette qui était la leur

Reconstruire Babel

Faire se dresser

Les Menhirs de chair

Assez de reptations

Assez de lignes basses

Fuyant à l’horizon

Assez de perditions

 

*

 

Ils avançaient les hommes

 

Leurs yeux cloués de cécité

Leurs mains amputées

Pieds rivés au sol

 

Ils avançaient

 

*

 

 

 

 

  

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