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23 mars 2018 5 23 /03 /mars /2018 09:24
Flottaison du temps

                     Photographie : Blanc-Seing

 

 

***

 

 

Ces feuilles qui flottaient

Existaient-elles au moins

Ou les avais-tu imaginées

Pour donner le change

A la fuite du temps

Pour fixer

À ton irrésolution

La vraisemblance

Qu’il convenait

De lui donner

 

*

 

Nous n’étions que

Des passants

D’étranges marcheurs

Qu’une perte d’étoiles

Égarait

Le jour n’était mieux

Semé

De lueurs blanches

Tu en disais la brûlure

Le yatagan de lumière

Qui entaillait ton corps

La révolution intime

Qui faisait ses tourbillons

C’était une perte d’eau

Qui jamais ne verrait

De résurgence

 

*

 

Nous aurions pu

Nous arrêter là

Au bord du ruisseau

Limpide

Oter nos vêtements

Offrir l’usure de nos peaux

A l’ombre souveraine

Nous asperger d’eau lustrale

Commise à notre renaissance

Certes nous aurions pu

Mais n’avons rien tenté

Qui eût provoqué

La cassure

De l’instant

 

*

 

Vois-tu il y a trop

De destin

Dans ce que nous faisons

Trop de chemin

Décidé d’avance

Trop de clair-obscur

Dans lequel nous posons

Nos pas

La lumière d’une joie

L’ombre d’une tristesse

Dont nous pensons être

Les magiciens

Mais nous ne sommes

Que des êtres joués

Des enfants sautant

À la marelle

Sûrs de leur Ciel

Sûrs de leur Terre

Alors que nous ne passons

Que de Paradis en Enfer

Le Purgatoire nous échappe

Qui aurait pu

Nous sauver de nous

Nous demeurons

Dans les murs

De notre citadelle

 

*

Comment nous rejoindre

Tant les continents

Sont éloignés

Regarde donc le fond

De cette claire rivière

Regarde l’arbre

Qui s’y réverbère

On les croirait confondus

Dans le creuset

D’une unique image

Mais sais-tu il suffirait

De froisser l’eau

De la paume de sa main

Et le charme se romprait

Il ne demeurerait

Sur la feuille d’eau

Que quelque tourmente

Quelque nuit hâtive

Quelque jour poinçonné

De vide

Il ne demeurerait

Qu’une solitude infinie

Poncée au désarroi

D’une énigme

 

*

 

Ma Naïade vêts-toi

D’un peu de brume

Cerne tes yeux

De quelques gouttes

Fais tinter le cristal

De ta voix

Elève-toi

De cette longue plainte

Qui n’est que le deuil

D’exister

Serais-tu simple chuchotis

Crépitement de libellule

Et tu aurais rejoint

Le seul lieu dont ton être

Soit capable

Ce doute qui rôde

Dans le gris de tes yeux

 

*

Longtemps nous avons rêvé

Mais de qui donc

De nous bien entendu

Le vent semait son lamento

Le long des coursives

De nos corps

A peine plus visibles

Que le vide

En son empreinte

Qu’avions-nous à happer

Sinon le double

Que chacun tendait

 À l’autre

Que l’image hallucinée

Du temps

 

*

 

Le réel venait à nous

Avec sa rumeur bleue

De nous

Nous étions dessaisis

Nos silhouettes fuyaient

Au-devant

Telle accrochée au passé

Sans mémoire

Telle arrimée au futur

Sans avenir

Mieux valait en finir

De ces errances

Mieux valait être soi

Et renoncer à voir

Dans le miroir de l’eau

Autre chose

Qu’un mirage

Qu’un éternel retour

De qui l’on est

A la face du monde

Ce visage qui

Jamais n’apparaît

Qu’au reflet de l’onde

Oui au reflet

 

*

 

 

 

 

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