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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 16:05
 Ciel - Encre - Noir

       "Paysage nocturne avec un ciel d'encre noir"

            Photographie : Patrick Geffroy Yorffeg

 

 

***

 

 

Souffle le vent de la peur

Sur ces terres étroites

Elles disent l’avenue

De la Mort

La venue

De la Mort

Oui de l’Invisible

Qui chaque jour nous étreint

Elle notre Amante

Elle notre Muse

Qui nous distrait de nous

Pour mieux nous surprendre

 

*

 

Ainsi en va-t-il de la marche

Du monde

Un enfant est né

Dans sa juvénile patrie

Sourit aux anges

Aux ailes de tulle

Babille et susurre dans

Son berceau de chair rose

Son visage brodé d’innocence

Comment pourrait-il être

 Ailleurs

Qu’en sa nasse d’amour

Qu’en son destin

Aux diaphanes portées

Ne diffère nullement de soi

Entièrement contenu

Dans son germe natif

Il est totalité

En son corps assuré

Il est infini

Dans le pli de son être

 

*

 

Vous gens de curieuse nature

Voyez donc combien sa grâce

Qui paraît immarcescible

Est ce fil de la Vierge

Qui toujours ne demande

Qu’à se rompre

Vie est ce miracle

En attente de sa fin

Ver est dans le fruit

Qui fait rumeur

Mortifère

Dernière

 

*

 

Alors n’aurez de cesse

Que de palper

Votre anatomie

D’y chercher

Ce grain mortel

Qui vous ronge de l’intérieur

L’avisé Montaigne disait

« La préméditation de la mort

Est préméditation de la liberté »

Apprenons donc à mourir

C’est là notre bien

Le plus commun

 

*

 

Plus d’un se croyait prémuni

Des atteintes

De la Noire Engeance

Et thésaurisait

Et régnait sur les Mortels

Et affirmait son invincible

Puissance

Tel qui disait ceci

Aujourd’hui dans son linceul

De pourpre

Dort du sommeil des Justes

Des Justes bons à rien

Qui par inconscience

Ou altière estime de soi

Avaient fait de la vie

Leur illustre gloire

Ne le sachant mais ceci

Est ultime vérité

Le Bon et le Juste

Le Méchant et l’Inique

Sont tissés d’une toile unique

Qu’un ver depuis toujours

A condamné à n’être

Que vêture mitée

Roupie de sansonnet

 

*

 

Vous mes frères

 Qui comme moi vivez

À débusquer toute trace

De la Vénéneuse

Dès que bubon ou bien gale

Se manifestent

Dites-lui à la Léthifère

Que nullement ne la craignez

La désirez même

Tant son baiser vous ôtera

Bien des tracas

 

*

 

Ce n’est que conseil éclairé

Si l’Humaniste parlait

De liberté

Vu que Mort

Des pieds de nez ferez

À votre percepteur

À vos créanciers

Enfin à toute forme commise

À vous empêcher de valser

À votre guise

 

*

Nul n’est plus au sein

De son royaume

Que le Mort en sa Léthé

Que le Vivant en sa geôle

Là sont des lieux

De repos éternels

Nul ne viendra

Vous y rejoindre

Sauf contre son gré

Sachez ceci pour votre

Plus grand bien

Vos plus empressés laudateurs

N’ont qu’une hâte

Vous dépouiller

De ce qui vous appartient

Or rien plus que la Mort

Ne vous appartient

Telle la certitude

Des cœurs vaillants

Vous dépouillant

Ils ne gagneront

Que le Rien

 

*

 

Tendez donc les bras

 À vos oppresseurs

Avec vous ils se jetteront

Tête la première

Dans le brasier du Tartare

Brûlant vous les regarderez

Se consumer

Au feu de la dernière vérité

 Ciel au-dessus de vos têtes

Est toujours encre noire

Commise à votre perte

Mais perte est toujours gain

D’une condition nouvelle

Mortelle

Peut-être celle qui enfin

Nous dira son secret

Qui n’est que le nôtre

Comme Michel Eyquem

Dirons

« Il n'y a rien de mal

En la vie pour celui

Qui a bien compris

Que la privation de la vie

N’est pas mal »

 

*

 

Pour l’heure vivons

Allons au bal

Encore faisons un pas

Le dernier

Il ne nous sera nullement donné

De l’admirer

Déjà il sera éternité

 

*

 

 

 

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