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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 10:48
L’inépuisable ressource du monde

               Photographie : Blanc-Seing

 

***

 

 

Les souches m’avais-tu dit

Leur sourd effondrement

Les racines t’avais-je répondu

Leur infinie croissance

Il en est toujours ainsi

Une chose apparaît

Une chose disparaît

Et le monde est vivant

Que nous pensions mort

*

Ce bord du lac

Cent fois nous en avions fait

Le tour

Devisant de tout

De rien

Il s’en fallait de beaucoup

Que nos âmes fussent tranquilles

Nos corps disponibles

Nous avancions

 Le long de notre étrave

Soucieux d’être

Soucieux de ne point

Nous absenter

*

Et pourtant se produisait

Le pur miracle

De notre présence

Qui durait bien au-delà

De nos plus fols espoirs

Nous avions je crois

Accordé nos étranges destins

A la tâche de mourir

La seule liberté me disais-tu

Le seul lieu d’une possible félicité

T’assurais-je

Les jours de brume et de poix

Nous marchions en silence

Le long d’arbres décharnés

Le long de blancs ossuaires

*

Les pierres me disais-tu

Leur admirable longévité

Leur puissance

Je te disais la roche

Devenue poussière

La montagne en sa perte

 Ce sable qui courait à l’infini

Poussé par les meutes de vent

*

Parfois nous ne disions rien

Et nos chairs s’allégeaient

Du noroît du doute

Nous ne savions plus trop

Pris dans les mailles

D’une vision altérée

Si j’étais toi

Si tu étais moi

*

Nous étions alors telle la souche

Livrés à la touffeur de la glaise

Nous étions aussi le blanc nuage

Que le ciel gommait

Dans des teintes si légères

Que sûrement nous l’avions inventé

Nous étions tout et rien à la fois

*

Un jour de lassitude

Le souvenir est fiché

Dans ma mémoire

Pareil au clou dans la planche

Tu t’es assise sur le bois usé

Et je crois bien que tu souhaitais

En devenir une possible nervure

*

Ces rides me disais-tu

Ces vergetures

Ces profondes entailles

Ne prédisent-elles l’avenir

La chute infinie dans la ravine

Dernière de l’exister

Cet emmêlement reprenais-tu

Cette mangrove des événements

Ces crabes aux pinces levés

Ces palétuviers qui sonnent

Tels de funestes avertissements

Ces mares de limon

Dont nous ressortons hagards

Où conduisent-elles

Sinon au bout de notre

 Propre épreuve

À l’extrémité du temps

Qui est le nôtre

À l’avenance du jour

Qui toujours est notre lieu

Nous n’en saisissons

Que l’ultime figure

Cette eau du lac qui ne reflète

Notre pure esquisse

Qu’à la mieux reprendre

En son onde insondable

*

Nous ne vivions qu’à flotter

Auprès de nos corps

En attente d’une complétude

Qui jamais ne viendrait

Nous en connaissions

Le prix à payer

Longer la rive circulaire

En accomplir mille fois

La révolution

Telles les planètes

Dans l’immense galaxie

Nous étions des étoiles

Tombées du ciel

Mais n’en avions plus

La mémoire

C’est pourquoi

Depuis des temps immémoriaux

Nous cherchons notre être

Ici dans la souche épuisée

Là dans la blanche racine

*

Le mot de nous-mêmes

Qui nous dirait l’instant

De notre unique présence

N’est encore nullement venu

*

Qu’il gire et bourdonne

Tout autour de nos têtes

Là est notre destin le plus lisible

Le livre est à moitié écrit

Qui nous dira la trace

De qui tu es

De qui je suis

*

L’attente déjà

 Est notre demeure

Le silence notre parole

Nous voyez-vous au moins

Vous les incrédules

Aux mains tremblantes

Aux visages révulsés d’angoisse

Vous les hérétiques

Nous apercevez-vous

Âmes errantes à la recherche

De leur ciel

Nous voyez-vous

Nous n’avons que ceci

Pour exister

 

*

 

 

 

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