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22 février 2018 4 22 /02 /février /2018 09:28
Du clair à l’obscur

"Sans titre", acrylique

et graphite sur papier préparé

Bieuzy 2016

Œuvre : Marcel Dupertuis

 

 

***

 

 

 

Tu me disais cette tache

Cette tache dans l’obscur

Cette illisible présence

Ce grenat presque éteint

Ce sang de bœuf caillé

Ce non retour à soi

Cette dolente mutité

 

*

 

Je te disais ce fond

Ce sans fond en réalité

Cet imprenable voile

Ce mastic dense

Ce refus de paraître

Cette terre glacée

Ce refuge du sol

En son silence premier

 

*

 

Tu me disais

La perte en croix

Du Rouge

Cette inconnaissance

La biffure du jour

Dont il témoignait

L’appel d’un deuil

Puis plus rien

 

*

 

Je te disais

L’ouverture infinie

Du Jaune

Le glissement hors de soi

La limite franchie

La diaspora de ce clair

Sa fuite toujours

Sa non-parole

Comme clôture

Comme absence

 

*

 

Tu me disais

Les couleurs orphelines

Leur confondante solitude

Leur troublante aliénation

Le Rouge en tant que demeure

Le Mastic en tant qu’eau morte

Chacune en sa désolation

Chacune en son destin

Chacune en sa finitude

 

*

 

Je te disais

Le Temps est infini

L’Espace trop ouvert

Je te disais

Nous ne sommes

Que du Rouge

Son étrange flamboiement

Nous ne sommes

Que du Jaune

Cette faible poussière

Sur le chemin du doute

 

*

 

Ensemble nous disions

L’impossibilité des Choses

La tournure affectée du Monde

La pliure de nos corps

Sous la morsure de l’heure

Peut-être n’étions-nous

Qu’une feuille de sang caillé

Qu’une terre infertile

Qu’aucun coutre

N’aurait connue

Qu’aucun archéologue

N’aurait fouillée

Juste des sédiments

Enfouis au creux de l’ombre

 

*

 

Tu me disais l’équivalence

Du Rouge et du Noir

Je te disais l’homonymie

Du Jaune et du Blanc

Tu me disais Rouge-Noir-Ombre

Je te disais Jaune-Blanc-Lumière

Ensemble nous disions

Le clignotement

La pulsation de l’univers

Son rythme inaperçu

Son agitation

Son être

 

*

 

Tu me disais le non-sens

Qu’il y avait

À ne voir les phénomènes

Qu’à l’intérieur de leur site

À les isoler

À les porter à l’extrême

De leur paradoxe

Rouge d’un côté

Jaune de l’autre

Et rien entre les deux

Qui les unirait

Les rassemblerait

En une unique parole

Une goutte fondatrice

Où les sceller

 

*

 

Je te disais

Le côté de l’Obscur

Le côté de Clair

Tout comme j’aurais dit

Le côté de chez Swann

Celui des aubépines

Où dorment les larmes

Le côté de Guermantes

Où brille le désir

Où étincelle

La pépite des mots

 

*

 

Tu me disais

De Guermantes à Swann

Du clair à l’obscur

S’inscrit la loi du tiret

Ce si beau clair-obscur

Qu’est tout langage

En sa promesse accompli

 

*

 

Je te disais tout est passage

Tout est mouvement

Tout est relation

Que métamorphose le réel

Tout est diastole-systole

Au cœur du Monde

Tout est allées et venues

Au désir des amants

Tout est nuit/jour

Dans l’aube qui se donne

Le crépuscule qui se retire

Tout est toujours déjà dit

Qui part du silence

Eclot dans le mot

 

*

 

Tu me disais

Le Rouge attend le Jaune

Le Jaune attend le Rouge

C’est de leur commune tension

Que naît le sens

Celui que l’œuvre nous confie

Celui en retour

Que nous lui attribuons

Du clair à l’obscur

De l’obscur au clair

Se disent toutes choses

En leur juste mesure

 

*

 

Je te disais

L’Unique est ceci

Qui se montre

Prenons-le en garde

Avant que la nuit n’arrive

Car alors le secret serait tel

Nous ne le verrions plus

Il n’y aurait

Qu’une plaine livide

A seulement y penser

Nous sommes

Hors de chez nous

Hors

 

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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