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22 janvier 2018 1 22 /01 /janvier /2018 09:35
Sur la natte d’amour

                        Œuvre : Barbara Kroll

 

***

 

 

Comment venir à soi

Comment s’approprier son être

Celui de l’autre

Dans le jour qui point

La plaie est si grande

Qui dit le réveil

L’entrée sans délai

Dans l’entaille de l’heure

La dispersion du songe

Sa fragmentation

En mille figures

En mille visages

Aux facettes de cristal

Javelots  fichés

Dans la mare du corps

 

***

 

Corps doublement proférés

Corps doublement séparés

Corps saisis du mortel ennui

De l’amour épuisé exténué

La chape d’air est si dense

Si abrasive

Et nul ne sait ce qui pourra advenir

Du destin de deux existences

En leur plus sombre avenance

Sourde a été la nuit

Funestes les desseins des anatomies

Livrées au gouffre de la volupté

Jamais nul n’en ressort indemne

La charge est trop lourde à porter

La liberté trop arrimée

A qui n’est pas soi

Chair aliénée de ne point savoir

Parvenir au point ultime

De sa propre jouissance

 

***

 

Equarrissage du corps

Démembrement de l’esprit

La conscience est un brasier

Qui ne perçoit

Au-delà d’elle-même

Que la multitude confusionnelle

La dérive du temps

Nulle amarre à lancer

Qui en retiendrait le cours

En orienterait le sens

 

***

De longs fleuves de gouttes

Tutoient le golfe des hanches

Des faisceaux de flammes brûlent

Dedans les membres

Des pluies de phosphènes

 Percutent le diaphragme

Des bouquets d’étincelles

Allument la hampe du sexe

Cernent la faille de ténèbre

Tout est noir alentour

Qui fait signe

Vers l’accomplissement

D’un deuil

 

***

 

Sur la natte d’amour

 

Les corps sont livrés

À leurs propres contours

La solitude est grande

Le désarroi profond

Y aura-t-il à l’horizon des jours

Un lien qui les attachera

De nouveau

Les portera à ce qui

Un instant

Se donna à la façon

D’une incandescence

D’une pure joie

A l’éternelle lumière

Jamais on n’en connaît

La saveur achevée

Seulement le puits

Qui se creuse au sein de l’âme

Irréversible faille qui lézarde

Le sentiment d’exister

 

***

 

Sur la natte d’amour

 

Sont les gestes d’abandon

A quoi bon renouveler

La scène tragique

Dont le désarroi

Est le prix douloureux

Il y a comme un emmêlement disloqué

Simple souvenir d’une étreinte qui fut

L’espace d’un éclair

Flamboiement au plus haut du ciel

Puis la terre s’ouvrit

A laquelle nul bras ne pouvait s’arrimer

Ceci est hors les pouvoirs de l’humain

Seuls les dieux pourraient y prétendre

Mais ils sont si loin

Leurs décisions si mystérieuses

 

***

 

Sur la natte d’amour

 

La combustion des corps a eu lieu

Il n’en demeure que les traces

Feux éteints

Futur si bitumeux

Qu’il en devient illisible

Image de la finitude

En un seul lieu assemblée

Mort est là qui déjà moissonne les corps

Manduque les reliefs de noces consommées

Il n’y aura nulle renaissance

Car il n’y a nul remède

À la maladie d’amour

Du dedans elle ronge

Ce que nous pensions être

Le plus précieux

 

***

 

Mortels sont les hommes

Mortelles sont les femmes

Dans un geste de désespoir

Ils saisissent l’Autre

Afin de s’assembler

Éprouver leur complétude

Mais ne trouvent jamais

Qu’eux-mêmes

Sur le bord de l’abîme

Grand est l’attrait du vide

Infiniment ouvert

Il n’y a plus que la chute

La chute infinie hors de soi

 

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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