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9 décembre 2017 6 09 /12 /décembre /2017 14:40
Vivait sa vie

                                        « Ireland »

                           Photographie : Gilles Molinier

 

 

***

 

Arbre ne demandait rien

Vivait sa vie

Etait comme il était

 

***

 

Ici dans la clairière était

Toute la lumière

Du Monde

Lumière sans début ni fin

Lumière simplement ourdie

De choses originaires

Clarté qui ravissait quiconque la regardait

Mais jamais on ne pouvait trop longtemps

S’y abandonner

La laisser devant ses yeux

Comme on l’aurait fait d’un simple objet

 

***

 

Lumière était le visible en sa plus riche parure

Lumière était souci de se donner dans la pureté de soi

Lumière était cela même qui ruisselait étincelait émerveillait

Mais on n’en pouvait connaître l’ineffable secret

L’irruption à même la présence

La plurielle symphonie

L’inaperçu événement

La silencieuse

Profusion

Arbre était là debout

Dans le flux de clarté

Arbre était dans l’immédiat gain du jour

Arbre se sustentait à la source première

 

***

 

Nul ne savait qui de l’Arbre ou du Ciel

Faisait don de cette inépuisable féerie

Le feu blanc ici sur l’Arbre

Etait-ce flocon du nuage

La tache d’écume là

Etait-ce souffle du vent

La couronne grise encore là

L’intime pulsation d’une royauté

Emanée du plein des êtres

De leur irrévocable levée

Dans l’unique instant

Le cœur vibrant

La surprise

Ouvrant

Sa sublime

Corolle

 

***

 

Nul ne savait qui toujours espérait

La Clairière en ses yeux dissimulés

Cernés d’ombres et de noires moirures

Pourtant dans la mesure de l’habitude

Ne manquait de s’étonner

Du Prodige

Voir seulement voir

Tenait du miracle

Comment n’en pas sentir

Dans le ténébreux massif du corps

L’ondoiement

Les reptations animalières

Les efflorescences subtiles

La Joie

Cette pépite aux mille bruissements dans la forêt ouverte

De l’âme

Cette exception de vivre parmi le peuple primitif

De la sensation

Cette trouée céleste par laquelle se dit

L’élégant

L’aérien

Le vierge

 

***

Arbre ne demandait rien

Vivait sa vie

Etait comme il était

 

Sur cette terre d’Irlande vouée

Aux pierres

Aux lignes de cairns

Aux calvaires de granit noir

Aux vents

Aux lacs d’eaux claires

A la course échevelée des chevaux

Aux taches de rousseur parsemant la plaine des visages

Aux mélodies mélancoliques de l’accordéon

A la lueur fauve de l’alcool dans la caverne des pubs

Sur cette Lande si belle

Si étrange

Si envoûtante

Comment Arbre aurait-il pu échapper à la magie

N’en être pas l’évident recueil lui dont l’éternité

Etait le signe le plus apparent qui se donnait

Sève

Baume

Lymphe

Matriciels

Céleste parmi la fourmilière des Hommes

Nu debout dans le temps qui gire

Et ne sait plus le début ni la fin de sa course

 

***

 

Arbre qui portes en toi l’infinie affluence

De tes frères

Du cyprès aux fières chandelles

Du majestueux séquoia

Aux longues ramures

De l’olivier à la noueuse destinée

Des lames d’argent des palmiers

Comment pourrait-on se distraire

De TOI

Ne pas te destiner le gui druidique

Ne pas t’envisager sous la forme

D’Yggdrasil-le-Magnifique

L’Arbre du Monde

Le « destrier du Redoutable »

Dieu Odin

Sur qui reposent

Les Neuf  Royaumes

 Celui des Brumes et des Nibelungen

Qui vivent dans la montagne

Dans les mines qui sont

Leur inépuisable richesse

 

***

 

Toi dont les branches sont le toit

Du Monde

Elles s’élèvent à la courbe

Des Cieux

Toi aux blanches et fougueuses racines

Qui défient le feu des Enfers

Toi qui abrites l’aigle à l’œil pléthorique

L’écureuil messager

Les lianes des serpents enlaçant ton tronc

Toi aux voisines que sont les Nornes

Ces tisseuses du Destin

Elles qui

Près de la fontaine

 Interrogent

Le Passé

Le Présent

L’Avenir

Elles qui font frémir sur ta large feuillaison

La pluie en mince brume

Qui touche la Terre

Cette rosée dont s’abreuvent les abeilles

Qui bientôt deviendra l’hydromel

Ce breuvage destiné aux dieux

Cet inimitable nectar

Peut-on espérer plus glorieuse carrière

Plus exemplaire fortune

 

***

 

Là en cette énigmatique terre d’Irlande

Tu es cette immense Sagesse

Cette révérence faite

Au Ciel

Et à

La Terre

L’abri pour les Hommes

Sous tes larges feuillages

Infinité d’yeux qui boivent le Soleil

Qui sont les miroirs de la Lune et des Etoiles

Nous les Hommes de modeste aventure

Nous dissimulons dans les ombres de la clairière

Sommes si inapparents

Dans l’air qui croît

Et le jour qui décline

Si indigents

 

Arbre ne demandait rien

Vivait sa vie

Etait comme il était

 

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