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19 décembre 2017 2 19 /12 /décembre /2017 09:31
Rouge Désir

           « Une nuit s’éveille »

               Collage papier

       François-Xavier Delmeire

 

***

 

 

Il y a la nuit d’abord

La nuit aux rives sombres

Que nul ne visite

Sauf quelques Egarés

Parmi la confluence des rues

Il y a la nuit pareille à un lac noir

Avec ses battements d’écume

Ses lueurs d’étain

Ses sombres encoignures

Ses labyrinthes

Où dorment les rêves des Hommes

Ces confondantes boules de suie

À la limite de figurer

 

*

 

Il fait si ténébreux dans les plis céphaliques

Il fait si étrange dans les corps livrés

Aux tumultes pluriels du Souci

Dans le réseau des nerfs qu’électrise

L’impatience de venir à Soi

Alors qu’on n’est encore

Qu’une vague chrysalide

Dont le cœur ne bat

Qu’au rythme de la peur

 

*

 

Cela serre les tempes

Cela orne le plexus

D’une myriade d’étoiles

Cela s’invagine

Dans la rainure du sexe

Avec un bruit d’insigne faveur

Serait-ce ici le lieu à partir duquel paraître

La grotte dont surgir afin de connaître

Ce qui résiste

Ce qui fait silence

Ce qui glace le sang

Le transforme en un fleuve

Au cours impétueux

Qui peut-être

Jamais ne rejoindra l’estuaire

Cette nappe immense

Qui s’appelle Liberté

 

*

 

Jamais nul ne s’en empare

Liberté est toujours en fuite de nous

Et nous mourons de n’en pouvoir saisir

L’éblouissante résille

Alors nous nous accrochons

À la Ville

À son réseau de plaisirs

À ses bars aux néons rouges

A ses Filles Noires

Aux jupes haut fendues

Aux bottes d’Amazone

Qui nous donnent le frisson

A seulement en percevoir l’éclat

Dans l’antre igné de notre esprit

 

*

 

Mais qui es-tu toi Ville

Aux ténébreuses membrures

Qui es-tu pour être

Si muette

Si distante

Si énigmatique

Dans l’intense fourmillement

Qui parcourt tes reins

Incendie ton anatomie de pierre

Allume dans tes yeux les flammes

De la possession

Oui de la possession

La seule Volonté qui soit la tienne

Nous happer dans l’arc rubescent

De ta bouche

Nous tourner selon

Mille sens métaphysiques

Nous enduire

De ton miel vénéneux

Nous réduire à Néant

 

*

 

Oui ton stratagème est si apparent

Qu’il est un cristal qui vibre

Et nous vibrons à l’unisson

Car nous n’avons nullement

Le choix

Qu’adviendrait-il de nous

Si nous étions exclus

Du sein de ta Passion

Que deviendrions-nous si ce n’est

De furieuses esquisses

Déchirées au plein de leur condition

Ne sommes que des êtres de papier

Des fragments de palimpsestes brouillés

Sur lesquels ne s’inscrivent

Que les signes irrémédiables

D’une errance à jamais

 

*

 

Ville aux dentelles lapidaires

Ville aux mille sortilèges

Es-tu au moins consciente

De ton emprise

Nos yeux sont acquis à ta gloire

Nos bouches chantent les refrains

De tes rues

Les couplets

De tes larges places

Et pourquoi donc as-tu sorti

Ce masque de lumineuse porcelaine

Ce biscuit qu’avive l’incendie de l’aurore

Pourquoi ces yeux baissés

Dans la pose de la méditation

Pourquoi cette retenue

Ce nez si droit qui dit la Vérité

Ces lèvres carminées

Qui ne sont que les portes ouvertes

De Ton Désir

Du Nôtre

Ils sont coalescents

Ils vivent de la même provende

Ils exultent

A la seule idée d’une tension à résoudre

D’une expérience à tenter

Qui est celle de repousser la Mort

Un jour de plus

Une heure encore

Une minute

Alors que l’existence

Bat son plein

Et nous appelle

Au luxe d’exister

 

*

 

Et cette main de nacre

Et de corail

Cette efflorescence de la volupté

Cette griffe en attente

De notre propre chair

Mais aussi de la sienne

Armée de toutes les pulsions

Du Monde

Mais aussi ce dessein fou

Qui n’est que destruction

De Soi

De l’Autre

Qu’attend-elle donc

Pour lancer son mortel venin

Nous atteindre au plein

De cette étrange manifestation

Qui est la nôtre

Entre le point d’Origine

&

Celui du Festin Dernier

Qu’attend-elle donc

Nous sommes impatients

D’être Nous en l’Autre

D’être l’Autre en Nous

Rouge Désir

Désir Rouge

Tel est notre Nom Commun

Qui jamais ne se consume

Qu’à être proféré

Rouge Désir

Désir Rouge

Nous sommes à Toi

Tu es à Nous

 

*

 

En Nous une Nuit s’éveille

Accueillons-là à la façon

De la plus belle offrande

De ceci nous vivons

De ceci nous mourons

 

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