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7 décembre 2017 4 07 /12 /décembre /2017 10:56
Juste un souffle

 

« Trace »

 

Œuvre : André Maynet

 

***

 

 

Juste un souffle

 

 

Pouvait-on dire plus que cela

 Juste un souffle

Juste cette diaprure à la face des choses 

 

De l’invisible on ne saurait parler qu’avec maladresse

Pareil à l’enfant tirant les fils de sa marionnette

Pareil à l’Amant dévasté de ne point apercevoir

Le visage de l’Aimée

Une brume à l’horizon du monde

Un monde qui bientôt s’effacera

Laissant l’homme les mains vides

Sur le seuil du Néant

Dans la perte de Soi

Dans l’irréparable de ce qui fuit

Et ne saurait dire son nom

 

***

 

Pourquoi cette perte éternelle de l’être

Pourquoi cette douleur fichée

Dans le ciel de l’esprit

Pourquoi cette sourde rumeur

Elle gagne les profondeurs du sol

On en sent l’étrave ambiguë

Dans l’écorce des talons

 

***

 

Pouvait-on dire plus que cela

 Juste un souffle

Cette diaprure à la face des choses 

 

C’était un vent

Parfois un doux zéphyr

Se levant dans la trace humble de l’aube

Parfois un Noroit qui entaillait l’âme

Jusqu’à la limite d’un souci

Parfois un Harmattan

Et les lèvres saignaient d’effroi

Dans le temps qui venait

 

***

 

C’était un souffle

Qui portait le silence

De la parole

Un souffle qui disait l’immensité

De la pliure intime

Quelque part entre le buisson de la tête

Et le nid d’Eros

Simple lueur étincelant

Dans l’ombre dense du corps

 

***

 

On prêtait l’oreille

On ouvrait ses yeux

On tendait ses mains

Sur de l’inaudible

De la cécité

De l’inapprochable

Cela résistait

Cela fuyait

Cela demandait la longue patience

Du temps

L’abri de la nuit sans étoiles

La dimension de la grotte native

Avec ses hampes sauvages

Et ses échos marins

Cela demandait

 

 

Juste un trait

 

 

Pouvait-on dire plus que cela

 Juste un trait

Cette ligne infinie sans fin ni commencement

 

Que dire du trait en sa finesse absolue

Que dire de son abstraction

Qui nous dépouille de notre être

A seulement en observer la nudité

La ressource close dans sa forme même

Trait Pointillé Point de Suspension

Suspens

Dans la cavité de la tête

Et résonnent les enclumes

Et s’allument les forges

D’où naissent de bien étranges figures

Des caravanes de signes

Abortifs

Non encore venus à la présence

Significations tronquées

Elles résonnent dans la levée du corps

Avec les frimas d’un glas

Les glaciations de ce qui

D’habitude

Croît et fleurit dans l’air embaumé

Des fragrances du jour

 

***

 

Pouvait-on dire plus que cela

 Juste un trait

Cette ligne infinie sans fin ni commencement

 

 

On aurait cru une eau forte

Un cuivre si peu incisé par le burin

A la limite d’un renoncement

Quelques griffures

Comme si l’objet de la vision

Devait demeurer

Dans sa propre contemplation

Un secret à ne pas percer

Un bouton de rose

A ne pas déplier

Germe lové dans sa nacre première

C’était comme l’intervalle

Entre les mots

La césure du Poème

Sa vitale respiration

Le rythme qui le portait

Au paraître

 

***

 

Juste un geste

 

Mais pouvait-on demeurer ainsi

Avec la plaine de la feuille blanche

Sa peau doucement duveteuse

Etalant son silence

Sous la meute des doigts

Attendant d’être maculée

 De dévoiler ce qui

Depuis toujours dormait en elle

Ce frémissement en filigrane

Cette impatiente

De naître au monde

Pouvait-on

Question valait réponse

Hésitation demandait acte

 

***

 

Juste un souffle

Juste un trait

Juste un geste

Trilogie d’une apparition

Visible devenait Trace

Dans le reflux des formes

Juste l’ébène de la coiffe

Juste un lien pour en retenir

L’effusion

Juste deux points

Œil bouche

Juste une ligne sans fin

Un mouvement sans objet autre

Que le simple

Le mot disant en sa retenue

La phrase d’encre

Ses subtils linéaments

Ses doutes parfois

Ses reprises

Ses attouchements

Telle une caresse

Et voici que ce qui n’était pas

Dormait depuis toujours

Dans la face ensommeillée des Hommes

Se donne à voir

Dans l’évidence naturelle

Qui fait silence

Mais que nous entendons

Au creux même

De notre condition humaine

 

***

 

Toujours une trace

En Soi

En l’Autre

En le Monde

De ce qui fait Sens

Et nous requiert

Afin que s’éclaire

la Nuit primitive

D’encre elle aussi

Mais trop dense pour que

Nous en dévoilions

L’unique beauté

Toujours l’homme est convoqué

Pour parler

Tresser ce langage

Souffle Trait Geste

Par lequel se dit

Le phénomène

En son paraître

Seule offrande à laquelle

Nous puissions répondre

 

***

 

Nous sommes Mots

Que la plume révèle

Que la bouche prononce

Que le geste magnifie

Mots nous sommes

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