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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 08:46
L’envers du monde.

                           Photographie : Ela Suzan.

 

 

***

 

Comment saisir le monde

En sa fuite rapide

Comment happer

La première parcelle

Et demeurer en soi

Intangible

Entier

Seul

Mais si accordé

Au tumulte inouï

Du monde

Si intimement lié

À sa vaste demeure

 

***

 

On est là au bord des choses

Dans le pli du temps

S’écoulant

On est là

En soi

Et déjà

Hors de soi

Et déjà au loin de toute mesure

Au large de tout horizon

A l’infini de l’être

 

***

 

C’est comme un tremblement

Une troublante irisation

La perte de la vue

Dans l’illisible

D’une eau

 

***

 

Ça bouge

Dans la citadelle de chair

Ça fait sa rivière pourpre

Dans les canaux du corps

Ça stridule et cymbalise

Dans le golfe des oreilles

Ça s’impatiente

Dans le chapiteau de la tête

Ça fourmille dans l’étrave des pieds

 

***

 

Nul ne sait d’où ça vient

Où cela se dirige

C’est une troublante magie

Qui fait ses flux et ses reflux

Ses ondoiements

Pareils à la combustion de l’âme

Dès l’approche de l’Aimée

A l’hésitation du sol

Dès le lever du soleil

Au crépitement des étoiles

Dès le gonflement de la Lune

Lactescence de la Nuit

Où se lève

La sombre voile du songe

 

***

 

Tout est précieux qui vient à nous

Dans la confiance

Le grésillement de l’abeille

Le vol du colibri

Son scintillement de lumière

La brume sur la lagune

Son insistance

De doux poème

Qui jamais ne retombe

Sauf dans la distraction

Des marches muettes

Des oublis de soi

Des reniements

Des perditions

Des chutes

 

***

 

Mais entendez donc

Ce clapotis

Mais voyez donc

Cette flaque de couleurs

Tout y est présent

Depuis les ors Renaissants

Les plis secrets des vêtures

La nacre souple de la peau

Le rose aux joues de la Courtisane

Les paysages aux falaises de marbre

La flèche verte du campanile

L’arabesque d’une gondole

Sous le pont qui enjambe

Et jamais ne se lasse

De compter le temps

De mesurer

La ténuité

De la seconde

Le vol

De l’instant

 

***

 

On ouvre les yeux

Sur l’immédiat

 Destin du monde

On titube

Au bord

Du peuple polychrome

On veut connaître

La pliure de chaque chose

Le plus intime reflet

Le moindre clapotis

On veut y voir

Sa propre image

L’esquisse ouverte

De Soi

Le dépliement qui nous dirait

Notre être

Et l’on demeure pris de doute

Dans le somptueux colloque

Du jour

 

***

 

C’est comme une hébétude

La révélation d’une incomplétude

On fore le réel

Qui toujours est en fuite

En avant de soi

En arrière de la présence

Au mitan d’une joie

Si éphémère

Qu’elle ondoie à même

L’éblouissement

De notre conscience

Tout ceci

Qui vient à nous

Annonce-t-il un sens

Que jamais nous n’atteindrions

Ou bien est-ce nous

Qui sommes absents

Au monde

Qui n’en percevons

Que l’envers

Le poudroiement

Puis tout s’éteint

Et ne demeure

Que cette trace

Ce remuement

Ce sillage

Puis plus

Rien

Rien

Rien

Rien

Rien

*

 

 

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