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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 13:34
Ces  ombres, il y avait ces  ombres.

 

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

Ô vacuité des choses présentes

O incendie de l’âme

O ignition de l’esprit

Ô dispersion du corps

Ecartèlement quand le temps

Vient

De si loin

Une à peine parole

Dans l’inconsistance

Du Monde

Une faille

Inconnaissable

Insaisissable

Livide telle la bougie

Qui se consume

Dans la crypte

Qui grésille

Dans le Temple

Pour des dieux absents

Pour des immolations

Dont le nom

Le sens

Ont été perdus

Dans l’indolence du jour

Sa lente irrésolution

Son labyrinthe

Où ne souffle plus

Aucun langage

 

 

***

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

Ces ombres qui rampaient

Au ras du sol

Pareilles

À de mauvaises consciences

A de malins génies

Plantant

Dans la détresse

De la chair

Leurs canines d’effroi

Plus RIEN ne paraît

Plus RIEN ne se manifeste

Que l’aile sinistre

Du vide

Plus RIEN n’arrive

Que l’haleine froide

Du Néant

 

 

***

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

Que nous ne pouvions faire

Nôtres

Tellement leur haine était

Grande

Démesurée

Leur silence

Hurlant

Dans les spires de la cochlée

Leurs lames s’invaginant

Autour de l’ombilic

Cette graine originelle

Qui s’étrécissait à la taille

Du microcosme

Et demeurait cloîtrée

En sa bogue

Sans jamais pouvoir en offenser

La translucide paroi

Mot dans mot

Qui refuse de s’ouvrir

Peau contre peau

Qui refuse de se distendre

De déployer son oriflamme

Dans la nuée de l’heure

Ô douleur incantatoire

Qui ne rencontre

Que son étique mélopée

 

 

***

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

La colline bougeait

À l’horizon

La plaque d’eau luisait

Dans le bleu

L’argile allumait son feu

Couleur de pain

Le buisson en touffe verte

En vert amande

Se souvenait de l’autre

De l’Ardent

De la révélation

Du Dieu Eternel

Mais Dieu était mort

Disait le Gai Savoir

Il n’y a plus de pays de Madian

De contrée où asseoir la pliure

De sa foi

Plus de lieu où prier

On n’idolâtre plus les idoles

On a brisé les icônes

On a détruit le palais de cristal

Des Mythes

On a broyé l’Imaginaire

Sous les coups de boutoir

De la possession

On a renié jusqu’à son être même

On a vidé la substance

De sa substance

 

 

***

 

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

La Bible

En des temps immémoriaux

Nous annonçait l’Exode

La fuite hors d’Egypte

Des Hébreux

Leurs longues errances

Dans le Sinaï

Leur quête de la Terre Promise

Mais de Terre Promise

Il n’y a que SOI

Enfermé dans la geôle étroite

De SON corps

Cette sombre monade

Sans portes ni fenêtres

Ce minuscule cosmos

Où à la manière

D’un oxymore

Ne règne que le désordre

Où ne croît

Que l’herbe mauvaise

Des jours

Cette piètre savane

Couleur de destin biffé

Là ne se laissent entendre

Que

Feulements

Barrissements

Rugissements

Ils sont l’architecture de notre peur

La quadrature de notre angoisse

La démesure de notre existence

Sous les fourches caudines

De la Finitude

Oui de la Finitude Majuscule

Qui signe le terme

De nos illusions

Décrète l’arrêt

De la Grande Pantomime

Frappe les trois coups

Au-delà desquels

Plus aucun Jeu

Ne sera permis

Brigadier

Sans indulgence

Cerbère

Sans complaisance

Guillotin

Sans état d’âme

Seule la lame définitive

Et son sifflement ophidien

Qui fait de nos têtes

Ces pitoyables boulets

Qui s’écrasent contre

La lourde barbacane

De l’incompréhension

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

Les ombres étaient

Au Passé

Au Présent

A l’Avenir

Il n’y avait plus

De temps

Pour le Temps

Plus de lieu

Pour l’Espace

Plus de parole

Pour le Langage

Plus d’ombre pour l’ombre

Plus de clarté pour la Lumière

On s’essayait

À une effraction

À se divertir de soi

À s’exonérer de ce

qui nous enfermait

Ligaturait notre voix

Attachait nos gestes

Faisait de notre amour

Le site d’une pure autarcie

SOI

On n’aimait que

SOI

SOI

On ne voulait que

SOI

Le pur égoïsme faisait

Ses empreintes délétères

Ses traces arbustives

Ses déploiements

De griffes de sorcières

Ses menuets

D’espoir afin de se soustraire

A sa propre inconséquence

Il ne demeurait

Que peau de chagrin

Bribes de cotonneuses envies

Copeaux de frivolité

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

Voilà à force

D’errer

D’omission en omission

De renoncement en renoncement

De dérobade en dérobade

On était arrivé

Dans le sas indissoluble

De l’ultime aporie

On hissait sa silhouette

Dans le cadre étique

D’une Porte

Etroite

Sur le seuil

Non en tant

Que passage

Translation

 Vers autre chose

Que Soi

NON

 Dans l’immobilité la plus totale

La plus dévastée de signes

La plus illusoire qui se pût concevoir

On était arrivé dans la certitude

D’être au Monde

Et de n’y être point

Comme affirmation d’un

Non-retour

A quelque chose de signifiant

Seule l’aire de la dévastation

Déployait l’emblème

De sa présence

 

 

***

 

 

Ces ombres il y avait ces ombres

 

 

On regardait l’en-dehors de Soi

A la manière d’une pure étrangeté

On ne questionnait plus à l’aune

De quelque Vérité

Les Choses étaient devenues

Choses

Irrémédiablement

Choses

Jusqu’en leur extrême

La réification partout

Etendait l’épouvantail

De son insolence

Ce qui n’était NOUS

Nous ne pouvions que le nier

Qu’était donc ce banc

Que nulle présence n’habitait

A commencer par la Nôtre

Qu’était ce flot bleu

Que notre corps ne rencontrait

Qu’était cette terre

Dont nous ne foulions pas la poussière

Qu’était ce buisson

Qui n’allumait le feu de notre être

Qu’était cette ombre

Qui nous était étrangère

Sinon l’image même de la Mort

Celle-ci

OUI

ASSUREMENT

Nous pouvions la ranger

Au nombre de nos avoirs

Nullement de notre être

Mais se possède-t-on jamais

Soi-même

Se possède-t-on

JAMAIS

 

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