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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 20:45
PasserELLE.

Adagio.

 

L’été touchait à sa fin

Non mon désir d’en découdre

Avec la nature

La beauté des paysages

Cette mer qui fuyait

A l’horizon du temps

Ces lacs qui scintillaient

A perte de vue

Au milieu des embruns de sel

Des bruissements légers de l’eau

 

Le plus souvent

Au lever du jour

Ou bien au crépuscule

Ces moments bénis des dieux

Je me rendais au bord de l’Etang

M’asseyais sur quelques pierres

Que dissimulait une touffe de tamaris

Ainsi voyant sans être vu

Je pouvais tout à loisir

Profiter d’un spectacle

Dont je pensais être

Le SEUL

A pouvoir

Jouir

 

Depuis la rive

Une passerelle de bois

Flottait au dessus de l’eau

Dont je ne connaissais la destination

Peut-être une amarre pour les bateaux

Peut-être simple architecture

Pour les nomades et les curieux

Assurément j’appartenais

Aux deux catégories

Moi qui avais la bougeotte

Moi dont le regard fouillait

Le moindre recoin

A la recherche

D’une esthétique

D’une émotion

D’un prétexte d’écriture

 

Le premier jour

TU t’offris à ma vision

TU étais vêtue d’un léger caraco

D’une jupe longue

Et j’apercevais ton doux profil

Etais-TU Italienne de Toscane

Ou bien Sicilienne

J’inclinais pour la Toscane

Il y avait

En TOI

Une sagesse visible

Un bel ordonnancement

TU aurais pu être

Le Modèle

Peut-être d’un Botticelli

Peignant la Naissance de Vénus

Peut être d’un Raphaël

Esquissant le portrait de

La Muette

Ou bien encore

D’un Agnolo Bronzino

Posant sur la toile

Le délicat visage

De Marie de Médicis

Cette grâce en suspension

Que rien ne semblait

Pouvoir ramener au cadre

Etroit

Des réalités terrestres

 

Pour dire court

TU étais une réplique

De cette Italie Renaissante

Digne des plus riches éloges

J’apercevais

Comme dans un rêve

A la belle subtilité

La nappe lisse

De tes cheveux

Châtains

Le lisse régulier

De ton visage

L’amande

Rose

Des lèvres

Ce cou si gracieux

On l’aurait dit pareil à l’abricot

Dans son inimitable teinte

Cette chair nacrée

Qui semblait se dissoudre

A mesure que

L’on s’en approchait

 

Mais c’était

Je crois

Ce que je préférais

Cette distance

Ce recul

Ce retrait

Qui laissaient libre cours

A mon imaginaire

 

A mon insu

Des phrases s’écrivaient

A bas bruit

Des mots faisaient

Leur inimitable clapotis

Sur la margelle de mon front

Ils ressortiraient

Bientôt

Métamorphosés

Agrandis

Multipliés

Par la puissance

De la nostalgie

 

Je t’observais

(J’avais opté pour le tutoiement

Je savais pouvoir être pardonné)

A la dérobée

Entre les vols bleus des libellules

Les coups de fouet des martinets

La douce insistance

De la huppe

A ne pas paraître

Sans doute étais-TU semblable

A ces oiseaux de la garrigue

Qui venaient s’abreuver là

Dans la grande nappe d’eau

Puis repartaient d’un vol léger

Comme s’ils n’avaient existé

Qu’à l’orée d’un songe

 

Allegro.

 

A mesure que le temps passait

Je m’habituais à TOI

Et c’est comme si j’avais été

Un Amant

De passage

Un Observateur attentif

De ta naturelle beauté

Un Archéologue en quête

D’un motif ancien

Posé sur le flanc

D’un céladon

D’une jarre

 

Aujourd’hui le vent a forci

Il n’est plus ce souffle marin

Qui

Il y a peu

Poissait nos vêtements

Lustrait nos cheveux

Enduisait nos visages

D’un glacis pareil à ceux

Des peintures Renaissantes

 

Maintenant

Comment dire

TU es plus lointaine

Réfugiée dans un blouson

De cuir noir

Dont les fermetures de métal

Brillent à chacun de tes mouvements

Ta jupe légère a laissé la place

A une robe de laine plus foncée

J’en devine la sourde caresse

La souplesse

Le moelleux

Combien elle TE rend

Mystérieuse

Précieuse

Je vois sa texture

Minutieuse

L’entrecroisement subtil des fils

(sont-ils des modes visibles du Destin

Une figure apparente de La Moïra)

 

Mais déjà je sens que

TU m’échappes

J’avais trop tôt rêvé

D’une possession qui n’était

Qu’une hallucination

L’envie impérieuse

D’un Gamin observant

Son jouet dans la vitrine

Où brillent les feux acérés

Du désir

 

Voilà que le jouet échappe

Se confond avec l’écrin qui l’abritait

TU sembles plus soucieuse

TU fumes de longues cigarettes

Dont la vapeur se mêle

Aux premières brumes

TU lis un livre

Serait-ce Paulina 1880

Cette belle et triste

Chronique italienne

Où alternent

Amour charnel

Et

Amour mystique

Jouissance

Et

Pulsion de mort

 

Mais non je vais trop loin

Mon caractère naturellement

Fantasque TE précipite dans

Un abîme

Dans lequel je m’empresse

De TE suivre

Double aliénation

Dont nous ne pourrons ressortir

Que fourbus

Hagards

Yeux vidés de leur sens

Mains étiques

Dans la nuit qui vient

 

 

Pendant plusieurs jours

TU n’es pas venue

Et la passerelle était

Bien vide

Que même les oiseaux

Avaient désertée

Je trompais le temps

Taillant au canif

Des branches de tamaris

Dont j’entaillais l’écorce

Mille rubans flottants

S’en échappant

Comme s’ils avaient été

Ivres

De liberté

Mais sans doute projetais-je

Sur leurs minces existences

Un poids dont

Jamais

Ils ne seraient atteints

L’angoisse est

Fondamentalement humaine

L’espoir congénitalement

Rivé aux basques des

Existants sur Terre

 

TE voici donc

Chaudement habillée

D’un long caban noir

D’un pantalon

Il faut dire

 Avec cette Tramontane

L’hiver semble arrivé

Avant l’heure

De longues lames d’air glacé

Viennent du Nord

Avec de sinistres feulements

L’eau se hérisse

De milliers de picots

De courtes vagues

Font leur clapotis

Tout contre les pilotis

De la passerelle

 

TU ne lis pas

TU ne fumes pas

TU bouges à peine

L’air t’enveloppe

Dans sa tunique

De glace

Vis-TU au moins

TOI l’Inconnue

Qui hante mes nuits

Qui vrille mon ombilic

Qui étoile le réseau de mes nerfs

Attise mes pensées

Et assure mes insomnies

De navigations hauturières

Sans fin

 

Où le port où s’amarrer

Où la demeure assurant d’un abri

Où le havre de paix

Et le sourire étincelant

De mille feux

Où la paix

Qui cingle

Vers le large

Et le repos de l’âme

Où la sérénité qui autrefois

Lançait ses oriflammes

Dans le ciel semé d’étincelles

 

Appassionata.

 

Trois jours que tu n’es pas apparue

Trois jours à attendre

En vain

A scruter l’horizon étroit

De ces planches où

Sans doute

Flotte encore

Un air de TOI

Une fragrance

Peut-être une mélodie italienne

Le rythme d’une bergamasque

Cette danse gaie

Vive

Sautillante

Qui ponctuait

La scène de la commedia dell’arte

 

Le vent s’est encore assombri

Il fait de longues coulées

Lacère la face de l’eau

L’entaille de grandes balafres

Grises

Blanches

Parfois teintées

De cuivre

D’étain

J’ai plongé mes mains

Dans les poches

De ma vareuse

Dissimulé ma tête

Sous un ample suroît

C’est comme si quelque

Fin du monde s’annonçait

A l’horizon de l’Homme

 

La lumière est basse

Semblable à un étiage hivernal

Sans doute

Dans les cabanes de pêcheurs

Brulent des falots

Identiques à des torches de résine

Dans le profond des grottes

Partout on s’amasse

Au bord de l’âtre

Partout on frotte ses mains

Aux doigts gourds

Aux jointures pâles

Partout on attise les braises

Alors que le vent cogne aux volets

Que la rumeur s’acharne

Que la tempête enfle

Pareille à un animal à l’agonie

Qui hurle à la Lune

Jette aux étoiles

Sa peur ancestrale

 

Trois jours sans TOI

Et l’effroi de demeurer

SEUL

Enfonce dans la spire

De ma cochlée

Ses doigts

Ravageurs

Fore mes yeux

Qui s’agrandissent

Jusqu’à

La mydriase

Serait-ce cela

La mydriase

Le comble de

La lucidité

 

Maintenant je suis

Sur la planche

Qui ressemble

Etrangement à

Une coupée

De quel navire

Pour quel voyage

Pour quelle destination

Inconnue

 

Tout au

Bout

De

La

Passerelle

Pareil à un

Pavillon

De complaisance

Flotte

Un bout

De toile noire

Faseye

Une écharpe de

TOI

Que

Sans doute

Tu as laissée

Pour dire le précieux de

TON

Passage

J’ose à peine penser

Qu’elle m’était destinée

 Passager clandestin d’une

Si

Enigmatique

Traversée

 

Autour de mon cou

Le mince foulard

Signe

L’impossible rencontre

Le deuil avant même

Le mariage

Le retour

Avant le départ

Pour l’ile illusoire de

Cythère

Ton odeur est

Troublante

Presque insistante

Comme si

Dans cette perdurance

De la mémoire

S’insinuait

La touche légère d’un

Regret

S’imprimait le stigmate

De ce qui ne peut

Jamais avoir lieu

Que

Dans le songe

Dans l’imaginaire

 

De la fenêtre du train

Qui file en direction de

La Toscane

J’imagine déjà

Les chandelles

Des cyprès

Levées

Dans le tumulte du ciel

Le moutonnement subtil

Des collines

La masse sombre

Des grandes demeures

Le luxe des jardins

Le calme des pièces d’eau

Où se reflète

Le jeu puéril des nuages

Je ne sais si

Le hasard TE mettra

Sur mon chemin

J’ai si peu d’indices

Sauf ce bout de papier

Froissé

Entre mes doigts

Qui tremblent un peu

Le titre de mon

Prochain livre

En lettres cursives

Andante

Afin de refaire

Le voyage depuis

Le début

Là où

Tout encore

Etait à titre

D’hypothèse

Comme un événement

 A venir

Oui

A venir

Sans cela

Longue sera la nuit

Privée d’étoiles

Privée

Oui

 

 

 

 

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Published by Blanc Seing - dans Microcosmos
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