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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 19:12
Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure !

 

Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure.

 

L’été touchait à sa fin

et l’air, parfois,

fraîchissait

à l’arrivée

du crépuscule.

Souvent nous allions

sur le port

écouter le vent siffler

dans les haubans

des voiliers.

Déjà il y avait moins de monde

et les terrasses des cafés

se teintaient

d’une douce mélancolie,

couleur de feuilles mortes.

Nous prenions,

cela dépendait de notre humeur,

un café corsé,

un thé léger,

un vin  à la robe jaune de paille

avec des reflets verts.

Ils ressemblent

aux aiguilles de pin,

me disais-tu,

et tes yeux viraient au gris,

pareils aux rochers d’ici,

des meutes claires

traversées de rayures,

de lignes de partage,

d’éclats le plus souvent.

 

Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure.

 

Souvent, pareille à une antienne,

cette énigmatique formule,

ce signe abstrait,

ce hiéroglyphe caché

dans l’ombre

d’une pierre

comme pour dire

le secret

à ne jamais transgresser.

Tu semblais rêveuse,

loin de toi,

perdue dans un songe

dont, sans doute,

tu ne reviendrais pas.

 

Que valent ces rencontres

d’un été,

ces amours folles,

ces chevauchées sans fin

pliées sur l’encolure

de l’imaginaire ?

Que valent ?

 

Le vin pétille,

semblable

à la vivacité

 de la garrigue,

à sa naturelle sauvagerie,

à son mystère,

elle qui ne se laisse

qu’effleurer,

jamais comprendre.

Comment être

cette pierre,

cette touffe de thym

hirsute,

cette immortelle

que le vent traverse

de son galop trop rapide ?

 

Une fuite dans le crépuscule

qui vire au bistre,

au sanguin avec des nuances

de bleu indéfinissable,

cette encre qui se dilue

dans l’atmosphère

avec l’endeuillement

des soirées d’hiver

quand l’affliction est grande

de ne pas être en harmonie

avec le pouls des choses,

avec le rythme

immémorial

du temps.

 

Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure.

 

Ton verre est vide,

Le cerne de tes yeux

s’auréole

d’un dernier espoir.

S’il y avait une suite

à toute fiction,

si l’exister

n’était seulement

cette manière

de pantomime

qui tire sa révérence

avec toujours

le même sourire

un peu ingrat,

avec le même rictus

en forme d’aporie.

 

La scène

s’est à peine ouverte

Que les rideaux de pourpre

se referment

sur cette Divine Comédie,

triple cercle

avec le paradis tout au fond,

inaccessible,

le purgatoire au milieu,

visible par intermittences,

l’enfer sur le pourtour

avec ses flammes

rubescentes

et les braises sur lesquelles

on marche,

pareil à un Esprit

qui aurait perdu ses pouvoirs

et la brûlure serait vive

qui entaillerait

jusqu’à l’âme.

 

Tu fumes nerveusement,

deux traits font

leur sillage de brume

jusqu’à la barrière

blond-cendrée

de tes cheveux.

Je n’avais jamais remarqué

aussi bien que ce soir

la perfection

de ton arc de Cupidon,

tes joues criblées de son,

la forêt de tes yeux

parcourue

de layons plus clairs.

Etaient-ce des pistes

à suivre ?

Assurément nous n’avons

cheminé de conserve

que par erreur,

Peut-être en raison

d’une naïve obstination,

laquelle n’est parvenue

qu’à mieux nous désunir

alors que nous espérions

un cheminement

commun,

sinon une osmose.

 

Nous sommes

de grands enfants

aux mains vides,

aux cœurs

qui débordent

d’enthousiasme

mais nous ne savons canaliser

toute cette énergie disponible,

en faire l’espace

d’une unique joie,

l’occasion

d’une rencontre. 

 

Cette fêlure, disais-tu, cette fêlure.

 

A t’observer

sans qu’il y paraisse,

je comprends mieux ta nature

de Fille du Nord.

ce feu sous lequel la glace

est encore présente

pareille à ces majestés

qui flottent

dans les fjords étroits

et ténébreux de Norvège,

ton pays du septentrion que,

bientôt, tu rejoindras

avec la souple rumeur

qui convient

aux âmes torturées.

 

Nous nous sommes

si bien rejoints

autour de cette fêlure.

Commune. Il va de soi.

Nous sommes

des individus scindés,

que traverse

l’éclair de l’être

sans que nous y prenions garde.

Une commune inattention,

de simples visions hagardes

que visite le fouet

d’une sidération. 

 

Cette fêlure n’est que le reflet

de ces pierres

qu’une longue géologie

a meurtries,

de ces  éclisses de palmier

qu’on trouve ici,

que le soleil a fendues

en leur centre

dont les bords ne seront

plus jamais jointifs.

Une béance

par-delà le temps,

une faille de l’espace,

sans doute la métaphore

de ceux qui n’ont,

pour éternité,

que la parenthèse

d’une saison.

 

Ta cigarette continue

à se consumer

sur le bord du cendrier.

Nous sommes

loin déjà

du café où nous fêtions,

il y a peu,

le hasard

d’une route commune.

Nous sommes

loin de nous

comme des peuples séparés

par une brusque diaspora,

une entaille au scalpel

et l’on ne sait plus

qui l’on est.

 

Les feux de ta voiture

ne sont plus

que deux tisons

qui font

leur étrange rougeoiement

dans l’air qui a viré au violet.

Bientôt seront les frimas.

Il faut remonter son col

et mettre une bûche

dans la cheminée.
ou bien deux,

peut-être.

Ou bien

DEUX.

 

 

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Published by Blanc Seing - dans Microcosmos
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