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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 15:27
De l’image et des sèmes multiples.

« Avec un prince, petit ou grand... »
Avec Sonyna.

Œuvre : André Maynet.

[Note préliminaire ou comment entrer dans l’image. Tout clair-obscur (le sujet de cette œuvre) contient en soi, en réserve, de multiples significations qui ne nous sont pas immédiatement accessibles. Le clair joue avec l’obscur en mode d’opposition. C’est pour cela qu’il nous fascine autant qu’il nous égare. Apercevant une œuvre nous nous soustrayons, le plus souvent, à son sens profond, nous arrêtant volontiers à l’apparence des choses, à ce qui vient frapper notre rétine du luxe de l’apparition. Dans cette photographie notre regard se focalise essentiellement sur la figure humaine, alors que tout ce qui l’entoure s’efface de soi-même dans une manière d’indistinction. Ce qui veut dire que, du réel qui vient vers nous, nous ne prélevons jamais que ce qui fait saillie et brille dans la lumière. Nous sommes rarement concernés par les ombres, les détails, qui nous apparaissent comme de simples périphéries, des genres de cosmétiques, étant en réalité des modes d’apparition du sens au même titre que la figure qui se donne sans réserve à l’aune de sa précellence apparitionnelle.

On ne lira le texte qui suit qu’à faire sienne cette nécessaire constatation : tous les éléments d’une image jouent à jeu égal. Voir consiste à débusquer le fragment afin de le mettre en perspective avec la totalité dont il participe en l’accomplissant, tout comme le mot donne à la phrase présence et consistance, y trouvant la sienne en retour. Ceci signifie avec une suffisante attention. « Passante », cette belle effigie que nous livre son auteur ne se donne à nous qu’à faire écho avec les sèmes inapparents et dispersés qui sont les harmoniques de son ton fondamental. Ainsi l’on s’attachera aussi bien à décrypter l’ombre portée au sol que le fond dans sa densité grise, que les trois réverbères qui sont les trois amers nous indiquant le chemin à suivre. Ainsi se dévoile le SENS.]

***

Nous voyons cette image et nous voyons aussi toutes les images du monde qui jouent avec elle en mode relationnel. Par exemple « La Madeleine à la veilleuse » de Georges De La Tour. Quête commune d’une ambiance rare, luxueuse, commise à nous interroger plus avant afin que nous n’en restions nullement à l’écume de la manifestation. La surface des choses ne nous propose jamais qu’un lexique ambigu dont nous ne parvenons pas à comprendre le sens, d’où le malaise parfois, le doute quant à ce qui nous visite, l’étonnement dans le meilleur des cas. Si nous regardons Passante (arrêtons-nous provisoirement à cette nomination) nous faisons le constat d’une anonyme perchée sur un haut tabouret qu’une ombre cerne alors que trois réverbères ponctuent la scène d’une clarté à peine visible. Ici figure ce qu’il est convenu d’appeler un clair-obscur, soit un recouvrement de ce qui consentait à se dévoiler dans la discrétion.

De l’image et des sèmes multiples.

« La Madeleine à la veilleuse ».

Georges De La Tour.

Passante, aussi bien que Madeleine, sont présentes par défaut, le regard ailleurs, indiquant, possiblement, qu’un travail est à faire sur l’image afin d’en assembler les sèmes épars en une figure que nous puissions faire nôtre. Le problème est que la lecture que nous faisons de ces œuvres est partielle, nous en saisissons les prédicats les uns après les autres à défaut d’en réaliser la synthèse. Chaque fragment de la représentation s’isolant dans une manière de superbe autarcie, laquelle se communiquant à notre regard nous propose une vision schizophrénique du monde. Ce à quoi nous avons à nous efforcer : rapporter le fragment à une totalité signifiante. Car tout est passage, médiation, jeu réciproque, renvois de miroirs se réverbérant à l’infini dans une pluralité de signes entremêlés. Passage, disions-nous, comme si les divers éléments du tableau, le personnage, le fond ombreux, les réverbères dialoguaient entre eux dans un genre de polyphonie éclairante. Pas plus Passante ne ferait sens à s’isoler du contexte, pas plus Madeleine ignorant la flamme de la bougie, les livres posés sur la table ou bien la tête de mort qui rehausse ses jambes de l’empreinte d’une métaphysique. Toujours l’à-portée-des-yeux se révèle à nous avec évidence alors que le lointain, l’inaccessible, demeurent postés dans une lisière intraduisible. Toujours la physique vient à notre encontre avec ses contours précis, ses formes dont nous sommes persuadés qu’elles contiennent la totalité du réel sans qu’il soit requis d’en chercher les lignes de force souterraines, les linéaments le travaillant de l’intérieur. Toujours le méta nous échappe qui dit l’au-delà, l’insaisissable, l’invisible, le non-préhensible. La signification partielle plongeant sous la ligne de flottaison de l’interprétation.

Mais nous sommes ainsi faits que nous nous contentons, le plus souvent, d’une vue proximale s’emparant du relief, des saillies, des éminences alors qu’une vue distale se fût dotée d’un regard plus juste investiguant les ornières, les traits gravés, les sillons, les failles par où le sens se complète et parvient à sa parution ultime. De la nécessité d’un holisme où chaque chose s’éclaire de la proximité de l’autre. Nous disons, successivement, sans souci de signifier, belle ; la ; rose ; est comme des enfants joueurs qui s’entraînent au plaisir du babil. Faire venir ses les lèvres des bulles lexicales et les faire éclater dans l’air sans autre justification que l’émission orale, la vocalisation, le bruit ludique du langage. Nous n’avons alors que des blocs indéfinis, flottant dans l’espace, sans liens apparents, si ce n’est d’être des énonciations libres de toute préoccupation quant à la constitution d’une signification particulière. Et, maintenant, nous disons la rose est belle. Il n’est guère besoin d’une longue explication pour que l’intention du locuteur nous apparaisse clairement. La médiation réciproque des mots les a constitués en une proposition riche de significations multiples. Ce que les mots isolés dissimulaient, la phrase nous en fait la singulière offrande. Du mot-fragment à la phrase-totalité il y a le même écart que celui constaté de la simple étoile à l’immensité du cosmos. Le même que celui existant entre Passante et tout ce qui fait fond et ne se montre que dans l’à peine profération, simple chuchotement du bout des lèvres. Et, pourtant, ce discours à bas bruit, il nous faut l’entendre afin de ne pas demeurer sur le bord de l’image, alors que la fiction est seulement en voie de paraître.

De l’image et des sèmes multiples.

Mais, Passante, où est-elle dans le confondant événement du monde ballotté entre un chaos toujours présent et un cosmos qui essaie d’en ordonner les significations, comme si la raison voulait fouiller dans le bric-à-brac du réel pour extraire quelque chose d’organisé, de visible ? Où est-elle, Passante ? Eh bien elle est située au point exact, à la jonction des contraires, sur cette haute assise qui s’illustre comme le travail d’une raison ordonnatrice du sens. Regardons à nouveau l’image, non comme si elle était constituée d’éléments séparés jouant pour eux-mêmes la partition de l’exister, mais dotons-nous d’une vision globale qui installe chaque chose en relation avec l’autre. Comme si une multitude de miroirs invisibles focalisaient l’image, la réverbéraient à l’infini dans une myriade de sens complexes toujours renouvelés. Pensons simplement à l’étonnante réalité holographique dans laquelle chaque fragment ne vit pas pour soi mais contient, en réduction, l’ensemble de ce que signifie l’image totale. Microcosme contenu dans le macrocosme qui le reflète et le fait se déployer, à son tour, dans un luxe polychrome où rien ne s’arrête jamais, comme dans les figurations en abîme ou bien les poupées gigognes engendrant toutes les poupées imaginables, jusqu’au vertige de ce qui n’a ni lieu, ni espace mais les contient tous comme son pouvoir le plus prodigieux. Ici, avec Passante, il nous faut donc apprendre à voir. Et nous ne verrons jamais mieux qu’à partir de l’essence de cette représentation qui est la mise en relief d’un clair-obscur. De ce clair-obscur partent toutes les significations ontologiques qui y reviennent comme par un effet de réverbération sans fin. Pluralité des sèmes qui se ressourcent à la même racine et déploient leur merveilleuse efflorescence.

Ce qu’il y a à comprendre du clair-obscur, c’est, bien évidemment, l’opposition fondamentale entre l’ombre et la lumière, leur étrange dialectique qu’une vision héraclitéenne du monde réconcilie en les fondant dans une même vision unitaire. Du cœur de l’ombre naît la lumière. De l’intime de la lumière se déplient les ombres. Fonction de convertisseur de l’aube qui médiatise nuit et jour. Fonction identique du crépuscule qui fait se mêler les eaux diurnes aux courants nocturnes. Rien ne divise, rien ne différencie qui installerait un fragment de réalité ici, un autre là, sans qu’aucun lien ne puisse en assurer le subtil mélange. Toute réalité est de nature alchimique et il n’y a pas de hiatus, de perte de qualité du plomb à l’or, seulement le travail du temps dont l’athanor est le lieu symbolique. Pas plus qu’il ne saurait y avoir de césure, de dualité entre le corps et l’esprit, le sujet et l’objet. Le corps sécrète l’esprit qui féconde le corps. Le sujet observe l’objet qui, en retour, vu, devient voyant. Car le fruit que nous regardons, aussi bien que Passante sur son assise nous observent à l’aune de leurs propres significations. C’est notre regard qui a donné acte à cette Effigie, c’est notre conscience qui lui a communiqué des sèmes ontologiques (de l’être) par lesquels elle atteint un coefficient de réalité égal au nôtre. Le vu vaut le voyant et le voyant le vu dans une simple opération de réversibilité. L’être n’est pas entièrement contenu dans le récipient anthropologique comme si la jarre humaine, seule valeur de mesure ( L’homme est la mesure de toutes choses - Protagoras) constituait l’étalon universel grâce auquel connaître. Le mouvement n’est nullement orienté de manière univoque de la jarre vers ce qui n’est pas elle, mais s’institue en trajets plurivoques au cours desquels une image spéculaire réciproque accomplit le sens en totalité.

Pour rendre cette démonstration plus évidente, Passante (qui constitue le seul profil humain de l’image) n’a aucune prévalence sur les autres figurations, le demi-cercle d’ombre à ses pieds, le fond grisé sur lequel apparaît le tabouret où elle est juchée, les trois réverbères qui ponctuent l’espace derrière elle. C’est seulement notre projection privilégiée en direction de la cible anthropologique qui nous porte à le croire. Enlever un seul de ces objets, c’est soustraire un prédicat et modifier l’ensemble de l’économie de l’image. De la même manière aucun objet du monde ne peut être dissimulé à notre perception sans que l’équilibre de l’ensemble ne s’en trouve affecté. Ce que nous voulons dire c’est qu’une saisie adéquate des formes n’en doit négliger aucune, fussent-elles des moins apparentes, des plus cryptées qui soient. Evoquer l’arbre, c’est en même temps s’adresser à ses racines, à leur voyage souterrain, au monde chtonien, aux fruits qu’il portera, à la pomme de la genèse, à ce qu’elle vaut pour notre compréhension de l’éthique, des devoirs, du péché, de la culpabilité dans l’orbe des croyances judéo-chrétiennes. Cette visée s’inscrit totalement dans une approche phénoménologique, laquelle s’ingénie à débusquer ce qui, toujours, cherche à échapper aux sens sous l’écorce têtue des apparences.

Si la proposition plastique ici présente se donne sous l’aspect d’une théâtralité hiératique, d’une présence tout empreinte d’immobilité, ce n’est qu’à la lumière d’une saisie conceptuelle immédiate. Il y a quantité de mouvements sémantiques tissés en arrière-plan. Située au confluent de cette lumière qui émane de son corps pareil à celui d’une sculpture de marbre, à la limite de l’ombre qui semble en reprendre le coefficient de visibilité, cette œuvre nous invite, bien au contraire, à y découvrir tout ce qui change, s’écoule, oscille en permanence entre un espace figé et son ouverture, entre un temps arrêté et sa fuite permanente. Il nous faut traverser les apparences, rechercher ce qui se dissimule et porte la signification à son acmé si nous consentons à mettre en relation ce qui, par essence, l’exige comme son pouvoir-être le plus propre. Nous ne comprendrons jamais mieux cette image qu’à la reconduire à la pluralité des sèmes qui la parcourent de l’intérieur à la manière d’un sang, d’une lymphe. Ici sont présents, en même temps, les signes qui nervurent la proposition plastique à la mesure de ses lignes de force sous jacentes. Si l’essence de cette œuvre est bien le clair-obscur, soit la dialectique de l’ombre et de la lumière, alors il nous faut nous disposer à voir ce que cette différence, cette polémique, cette opposition contiennent d’autres présences s’y inscrivant selon une analogie, une ressemblance, une manière de gémellité sémantique. Porter à la vision ce clair-obscur, faire efflorescence de la rencontre du jour et de la nuit, c’est, d’un seul et même mouvement, initier tous les couples d’opposition qui font phénomène sous ce qu’il est convenu d’appeler la Vie.

Mais avant d’aller plus loin, tâchons de voir ce qui, en Passante, l’anime comme de l’intérieur. Le demi-cercle d’ombre est, à la fois, la métaphore de la belle courbure de la terre qu’enveloppe la toile unie de la nuit. Sous ses pieds dort cet inconscient qui la détermine à son insu en même temps qu’il se dispose à être dans le fond grisé auquel nous attribuerons la valeur de l’aube, ce messager faisant communiquer les songes avec les pensées du réel. Et le haut tabouret ne signifierait-il pas ce mouvement ascendant, cet élan, cette transcendance par laquelle Passante s’extrayant de la pesanteur de la matière se hisserait au-dessus des contingences afin de gagner sa part d’inaliénable liberté ? Quant aux trois réverbères si discrets qu’ils sembleraient n’être là qu’à titre d’anecdote, ne seraient-ils pas les trois extases temporelles du passé, du présent, de l’avenir grâce auxquelles l’être se dote des jours et des heures qui le tissent en son essence, tout comme l’air porte l’oiseau et autorise sa trajectoire ? Enfin, cet écho blanc qui détoure le corps et le fait vibrer sur un genre d’indétermination (ce fond si mystérieux), ne serait-ce pas l’empreinte, l’aura, le genre de mandorle rendant visible, à la fois, le langage, la conscience, la pensée, ces inatteignables dont la seule représentation possible se confond nécessairement avec cette singulière nébulosité ou bien avec le surgissement d’une métaphore, l’incision blanche du vol de la colombe dans le fluide de l’éther ?

Et Madeleine, dans son attitude de réserve extrême, dans son apparition sur le mode du mystère, quelles contradictions se dérobent à notre regard, quelles interrogations que nous aurions laissées en friche ? La bougie, d’abord, cette flamme si droite qu’elle semble ne jamais vouloir s’éteindre, cette vive clarté apparaissant comme le contrepoint de toutes les zones d’ombre, n’est-elle pas présente à seulement vouloir nous indiquer la nécessité de la lumière de l’esprit, la clarté sans pareille de l’intellection, la braise de l’âme lorsqu’elle est confrontée à l’obscurité de la caverne, là où les hommes aveuglés par les apparences n’ont même pas conscience de l’astre solaire dans le bleu du ciel, la marque de sa vérité qui éblouit toutes choses et s’impose comme le seul dieu à vénérer ? Et la poitrine de Madeleine, ce site nourricier qui assure vie et longévité, fait signe vers l’amour, aussi bien conjugal que filial, comment ne pas le mettre en rapport avec cette troublante tête de mort nous rappelant les rives destinales de l’exister. Thanatos perçant sous Eros. La passion dissimulant la condition tragique. L’inatteignable éternité puisque notre cheminement est éminemment mortel. Et les livres posés sur la table ne sont-ils pas l’image de la connaissance s’opposant à la densité des ténèbres qui entourent la figure à la manière d’un continent noir, dangereux ? Et l’attitude pensive de Madeleine qui ferait penser au Philosophe en méditation de Rembrandt, ne constituerait-elle pas l’infranchissable abîme entre la contemplation des Idées, la verticalité de l’Absolu et la tentation de la chair, l’inclination toujours peccamineuse à laquelle les genoux dévoilés de la figure féminine nous inviteraient comme à une cérémonie païenne adoubée à la sphère des plaisirs ?

Nous le voyons bien il y a toute une trame sémantique qui joue aussi bien pour Passante que pour Madeleine. Chaque détail contribue à la figuration de l’ensemble et ne se contente pas de cette mise en scène formelle. C’est l’ensemble de l’être qui est engagé dans la moindre de ses liaisons à la manière d’un destin qui filerait sur le rouet de l’existence le fil invisible auquel la quadrature de l’Existant est assujettie comme à son projet le plus probable. Toute figure humaine est ainsi faite qu’elle s’affilie aussi bien à l’exercice de sa propre plénitude dont son corps paraît l’assurer, mais en même temps de toute une constellation de signes qui en sont comme les épiphénomènes.

Tout ce qui est argumenté jusqu’ici, le rapport de la territorialité d’un corps avec son extra-territorialité, la configuration étoilée qui l’accompagne afin qu’un sens s’édifie, tout donc peut se synthétiser en deux polarités uniques : celle du Même et du Différent. Tout dans le corps du sujet est le Même que lui ; tout à l’extérieur en Diffère si essentiellement que se manifestent quantité de phénomènes de l’ordre de l’étonnement, de la confrontation, de l’hostilité parfois. Vérité en-deçà du corps, erreur au-delà, pour paraphraser la célèbre assertion pascalienne. Si nous regardons avec suffisamment d’acuité ce qui se joue dans la relation du Sujet représenté par rapport à son contexte de surgissement, alors s’installent de verticales dialectiques, alors se présentent des mondes si différents qu’ils sembleraient purement incompatibles si l’intellection humaine n’était là afin d’en assurer l’unité car l’être est toujours auprès du monde, jamais hors du monde comme s’il avait à effectuer un saut pour être au contact des choses. Aussi, si l’on ramène notre vision aux antinomies qui structurent le monde sur le mode des grandes oppositions binaires, voici ce qui se manifeste aussi bien pour Passante que pour Madeleine :

Ce que Passante et Madeleine retiennent dans le secret de leur parution, dans l’amplitude de leurs oppositions, de leurs supposées antinomies, dans ce clair-obscur qui donne la flamme tout en s’abolissant dans l’ombre, c’est rien de moins que ceci : le subtil battement du nycthémère où le jour le dispute à la nuit ; la somptueuse transition du néant à l’exister ; le comblement du vide au profit du plein ; la succession du rythme cardiaque de la dilatation diastolique à l’éjection systolique ; le gonflement de la respiration et son retrait ; le geste de l’amour dans son balancement immémorial ; la lutte d’Eros et de Thanatos d’où triomphe la génération ; le flux et le reflux des hautes eaux ; l’interpénétration des principes féminin et masculin du yin et du yang ; la Lune jouant en mode inversé par rapport au Soleil ; le froid attendant la chaleur ; le suspens se retenant avant l’élan ; le trait sur le point de devenir forme.

C’est tout ceci que nous disent Passante et Madeleine faisant jouer dans l’ombre les esquisses avec lesquelles elles surgissent dans la lumière de l’art qui n’est jamais que cette illustration des modalités en réserve dans ce qui, feu ou bien eau, air ou bien terre constitue les dimensions opposées mais complémentaires par lesquelles l’être se donne et nous requiert comme ses exigeants exégètes. Car toute chose, y compris la plus modeste, signifie et s’adresse à nous afin d’être comprise. Aussi bien la présence minuscule de la fourmi que celle du pachyderme, aussi bien la vôtre que la mienne. Nous ne sommes qu’à être des signes en quête du sens. Ce n’est pas à défaut de le savoir. Seulement une passagère négligence qui scinde notre vision en deux : d’un côté l’avers, de l’autre le revers alors qu’il s’agit d’une seule et unique chose, cette médaille sur laquelle l’homme grave son effigie. Qui est sans pareille ! Toujours un clair-obscur dont il nous faut être le médiateur, le passant tant que l’heure s’offre à nous comme l’ineffable don qu’il est.

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Published by Blanc Seing - dans Mydriase
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