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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 06:31
Dans le retrait de la lumière.

Noir source 2

Adèle Nègre.

L’été : un silence blanc habité de lumière. Des matins d’aurore boréale, des après-midis sous la forge du ciel, des soirs avec l’embrasement du crépuscule. L’hébétude était grande qui forait les yeux, dilatait le grain noir des pupilles, cascadait dans les plis du cortex avec une rumeur de moraines. Dans le miroir l’on se connaissait à peine et les essais de profération mouraient dans d’étranges borborygmes, des hoquets, des spasmes qui serraient les gorges, déchiraient le larynx avec un bruit de carton froissé. Le soir, dans l’avenue étroite des chambres où vrombissait la dernière chaleur, on tassait son corps le long des plinthes, on cherchait un brin de fraîcheur tout contre les murs de ciment. Pour une once de pluie ou bien une arête de glace on eût vendu sa peau sans l’ombre d’un remords. On était emmurés vivants et l’on se disposait à n’être plus qu’un témoin anonyme, perdu quelque part dans la forêt des mensonges drus. Oui, car cette saison torride adulait la tricherie, poussait au crime, violentait les reins à l’aune d’un rubescent désir. Partout s’étalait le festin dionysiaque, partout vibraient les pampres pourpres de la vigne, partout fusait le vice en étincelles polychromes. C’était cela ou bien la mort et l’on préférait vivre.

Dans la pièce qu’effleure la lumière il y a si peu à voir, si peu à dire. Et pourtant tout est riche de sens. Mais d’un sens occlus, d’un sens avec lequel il faut procéder par infimes touches. Un à peine impressionnisme, des couleurs à fleurets mouchetés, quelques esquisses à la limite du jour, quelques taquineries à la manière d’un enfant aussi mutin que discret. L’atmosphère a fraîchi, tissée de moires pareilles à des nervures dans le clair-obscur d’un chemin ou à la lisière d’une clairière. Rien ne bouge vraiment, rien ne distrait de soi. On est là, dans le pli secret de la chrysalide, dans l’orbe faiblement lumineux qu’éclaire le fard d’une paupière. On est dans l’intervalle du temps, suspendus à ce qui va advenir et qui, pourtant, hésite, se tient sur le pas de la porte, là où le seuil est semblable à la courbe du galet qu’éclaire la toile libre du ciel. C’est la position automnale, celle qui n’admet que les couleurs de terre, le velours des feuilles, le sourd éclat de la châtaigne que retient encore la bogue étoilée de piquants. Les choses sont là, à portée de la main, à bonne distance de l’œil, les choses sont dans la conque de l’oreille et l’on entend leur bourdonnement pareil à celui d’un lucane ou bien identique au vol stationnaire du colibri. L’heure est tout juste un grésillement, la seconde un tintement de cristal, loin, là-bas, sous l’abri feutré de la roche.

On est le spectateur de son propre devenir, on est le souffleur qui, depuis sa carlingue de tôle dit le texte, soutient la voix, impulse le rythme. Soudain, la vie est là avec son évidente beauté et la corne d’abondance est pleine qui distille à l’envi les fruits de la beauté. C’est l’instant apollinien par lequel se saisir du monde en même temps que l’on se perçoit comme existant sur la scène des hommes, les mains tendues pour recevoir l’obole, recueillir l’offrande de la terre, de l’oiseau, de l’horizon courbe qui, déjà, s’enfuit vers l’hiver. Il n’y a pas d’instant plus précieux que celui où l’on commence à apercevoir sa propre silhouette, à la rendre présente dans le carrousel des choses. Ce que nous dit cette image si discrète, c’est cela même que révèle toujours le silence et le retour sur soi : une plénitude d’être en pleine conscience alors que les ardeurs solaires se sont tues, que le frimas s’annonce, que la belle lumière allonge sur le sol les ombres longues de la vie. Cela même !

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Published by Blanc Seing - dans PHOTOSYNTHESES

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