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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 06:56
Ultima Thulé.

« Abstract Photography ».

Œuvre : John Charles Arnold.

Nous marchons à la lisière de l’eau et nous ne savons pas vraiment qui nous sommes. C’est une telle étrangeté de se trouver près des irisations bleues, des trous noirs, des croix des brindilles, des damiers piquetés d’azur, des minces franges blanches comme l’écume, si fragiles qu’on les croirait inventées par l’esprit ou bien dessinées par quelque démiurge s’essayant à donner forme au monde. Oui, nous sommes à la limite d’un cosmos, avec ses propres lois d’organisation, ses lignes de force, ses confluences d’étoiles. Nous sommes si étonnés d’assister à ce spectacle que l’image du mythe nous saisit de toute sa puissance et nous demeurons là, au bord du mystère comme si un univers nouveau allait paraître et nous tenir sous son insondable royauté. C’est toujours dans les lieux extrêmes que nous nous posons la question de la présence de ce qui est, de son hypothétique origine. Parce que, sous ces latitudes, nous n’avons plus de fuite possible. Nous sommes acculés à une manière de vérité. Nous sommes mis en demeure d’inventer quelque chose qui nous sauve de l’abîme de l’inconnaissance.

Alors, soudain, une vision surgit qui traverse les cristaux de glace et nous installe dans cette belle utopie d’une Terre qui n’a peut-être jamais existé. Pour cela elle est d’autant plus belle qu’elle germe sous notre imaginaire avec la force de ce qui est libre et de demande qu’à déployer son poème dans l’espace. Mais quelle est donc cette Ultima Thulé ? Est-elle cette île mystérieuse cernée de baleines gigantesques et de monstres marins que décrit le Marseillais Pythéas le Grec ? Est-elle ce surgissement de rochers au nord de l’archipel britannique, quelque part du côté des Ferroé ou bien des Lofoten ? Est-ce un morceau du Groenland qui se serait détaché et flotterait sur le vaste océan telle une banquise sans boussole ? L’extrême nord, le Septentrion est toujours une immense fascination. Lieu de l’extrême se confondant avec la vastitude même de l’absolu. Lieu des majestueux glaciers qui nous toisent du haut de leurs montagnes bleues et blanches creusées de tunnels, emplies de filaments et de bulles. Une ivresse en réalité, une dimension qui dépasse l’entendement et nous reconduit à la taille de la fourmi contemplant l’univers. Mais, ici, regardant cette belle photographie dont l’abstraction fait penser à la rigueur d’une géométrie, à l’exactitude du concept, cependant nous ne rationalisons nullement, bien au contraire nous sautons de plain-pied dans la plus pure illusion qui soit, celle d’un rêve agrandi à notre propre dimension si, toutefois, elle consentait à s’élargir à la mesure de l’univers. Certes, nous sommes des explorateurs bien plus modestes que des Pythéas ou bien des Magellan et, sans cesse, nous flottons dans cette Ultima Thulé qui, pour être nôtre - le corps que nous habitons, l’esprit que nous animons -, se révèle être cette énigme que, chaque jour nous frôlons, sans bien la connaître. Alors nous détournons notre propre regard de nous-mêmes et cherchons dans le vaste univers ce qui est en nous mais que nous renonçons à voir. Cette photographie est belle qui nous exile de nous. La questionnant, nous ne faisons que nous questionner. Que veut-elle donc dire qui, jusqu’alors ne s’est jamais révélé ? S’agirait-il de notre propre mystère ? S’agirait-il de cela ?

Ultima Thulé.

Thulé, sous le nom de Tile,

d'après la Carta Marina de Olaus Magnus (1539).

Thulé est sur cette carte une île (imaginaire ?)

située entre les îles Féroé et l'Islande.

Source : Wikipédia.

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Published by Blanc Seing - dans Microcosmos

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