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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 08:50
« Sommeil bleu ».

« Sommeil bleu ».

Œuvre : Laure Carré.

La chambre est comme absente, livrée au demi-jour qui l’accueille. Rien ne trahit la nuit encore présente. Rien ne l’entaille. Tout repose et vit dans la douceur étrange de quelque ambiguïté. Le monde n’est plus. Les existants ne sont plus. La peur est réfugiée au creux des invisibles abysses. L’air est si léger qui flotte à la manière d’une rémige. Comme si un étrange oiseau était venu dire le bonheur de reposer, ici, au plein de la pièce et de n’en point sortir. Si beau le rêve qui habille le réel du luxe des étoiles. Si beau le rêve et les montagnes, dans le bleu, s’ourlent de givre et leurs crêtes brillent à la limite du ciel. Si belle la mer et des milliers d’étincelles s’allument à la pointe des vagues et font leur feu de Bengale dans le glacis de l’eau.

Elle-qui-dort - mais dort-elle ou bien feint-elle d’être livrée au sommeil ? -, flotte infiniment au creux d’un pays magique. Lieu de confluence des pures joies. La courbure du cou est une arabesque que caresse la lumière. Les yeux sont au repos, leur amande pliée sur le calme et le précieux du regard. Sublime vision intérieure qui déploie ses comètes jusqu’au centre du corps. Gerbes d’écumes, pluie et gouttes de cristal qui n’en finissent pas de tomber, lenteur d’une chorégraphie se perdant quelque part, peut-être au centre de l’ombilic, cette miraculeuse graine que cèle le secret. Elle-qui-dort, les lèvres jointes, au bord d’une possible supplication, d’une prière peut-être, celle que le « sommeil bleu » déplace lentement et dépose au rivage du jour avec l’attention qui éclot aux moments rares. Et la dune de l’épaule qui dit l’exhaussement hors de soi, la toujours possible effraction vers ce cosmos qui chante et aligne, sur le dôme du ciel, sa présence parfaite, immensément ordonnée. Et la chute du bras qui enveloppe et rassure, protège de l’œil mauvais, abrite des haines et des sombres projets que fomentent dans l’ombre la horde des invisibles, des nombreux toujours prêts à surgir et à guerroyer. Et la double éminence de la gorge, cette manière de colline donatrice de vie, cette louve assagie veillant à la protection et la destinée des hommes. Les amphithéâtres sont loin, les arènes absentes où les pouces dardés vers le bas disent la haine de l’homme. Et la main ouverte afin de saisir, du monde, la présence discrète. Tout est déjà si loin dans l’aube qui teinte de clarté le sommet décoloré des arbres. C’est à peine si une brume naissante effleure la crosse des fougères qui, bientôt, se dépliera comme la belle métaphore qu’elle est, celle de la croissance infinie des choses, du surgissement de la nature partout où une place est disponible.

« La Nature a horreur du vide », disait Aristote. Celle-qui-dort aussi. Elle se vit sur le bord de l’abîme, haut du corps immergé dans le rêve, le bas dérivant déjà dans la certitude de son propre destin. Elle-funambule qui se retient de franchir la ligne qui sépare les deux mondes et qui n’est jamais que la frontière entre rêve et réalité, entre monde bleu et monde polychrome où les hommes allument les feux de l’exister. Elle-qui-dort, nous la regardons et nous rêvons !

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Published by Blanc Seing - dans Microcosmos

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