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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 08:57
Plébéienne aristocratie.

Source : Wikipédia.

L’habit fait-il le moine ? Parfois veut-on être pris au pied des apparences et considère-t-on la vêture comme fonction identificatoire. Sans doute nous vêtons-nous selon les affinités que nous avons avec les choses destinées à abriter nos corps que nous souhaitons présenter aux autres à partir d’un évident parti pris. Les perruques du XVIII° siècle, les visages poudrés ne sont pas seulement une poussière de perlimpinpin à l’usage des autres. D’abord de soi, comme si les vêtements recevaient, de notre conscience, une mission purement spéculaire, à savoir nous procurer un reflet, non de ce que nous sommes, mais de ce que nous aimerions être.

« Miroir, miroir en bois d’ébène, dis-moi, dis-moi que je suis la plus belle. », telle était la complainte de la marâtre Reine qu’elle adressait à son miroir, espérant dépasser en qualité la beauté vraie de Blanche-Neige.

Mon père, comme bien d’autres à l’époque de sa naissance était issu de la terre, identiquement à ses parents qui cultivaient une modeste ferme de quelques hectares. Mais Armand n’avait guère la fibre pastorale et le bucolique de la glèbe retournée par le versoir n’était pas la meilleure image pour assurer son assomption personnelle. A l’évidence il ne possédait pas la fibre terrienne et le lyrisme de George Sand dans « La Mare au diable », l’eût laissé de marbre, aussi bien pour ce qui est de la noblesse du labour que de l’aspect esthétique de l’œuvre. Son intérêt était tout entièrement destiné à la mécanique, aux belles machines et aux carrosseries longues et brillantes dont il ne se lassait jamais d’admirer les chromes.

Mais son « premier amour », avant que de confier sa passion aux motocyclettes et autres belles limousines, ce fut, étonnamment, son intérêt pour le cheval et, plus précisément pour la cavalerie. En effet, c’est bien moins le cheval qui l’attirait en tant que « plus belle conquête de l’homme » que les attributs dont les cavaliers étaient porteurs. Ces derniers, il semblait les considérer telles des faveurs insignes, une manière de noblesse étant conférée à ceux qui en étaient les heureux récipiendaires. Affecté pour son service militaire à Saumur, il avait découvert avec éblouissement tout le cérémonial du fameux « Cadre Noir » dont le souvenir le hantait à la façon d’une ineffaçable vision. A ma connaissance, jamais mon père ne fut écuyer, et je ne crois pas qu’il ait ressenti le besoin, au cours de sa vie, de côtoyer les alezans et autres purs sangs. De son passage à Saumur, près de la célèbre Ecole de Cavalerie, c’était plutôt un port que l’on peut qualifier « d’altier », une élégance associée à la cravache, à l’éperon et autres accessoires à l’infini prestige.

Toutes les années de mon adolescence ont été vécues sous le signe ostentatoire que mon père arborait dans la quotidienneté, à savoir les bottes, la culotte de cheval, un pull à col roulé, une veste de velours. Il faut dire l’apparence avait de quoi être remarquée, et elle l’était dans le petit village de Beaulieu où le bleu agricole était plus monnaie courante que les habits d’apparat. Je crois même avoir tiré une certaine fierté de cette allure « aristocratique », laquelle se superposait étrangement à une strate intensément « plébéienne » dont mon père était atteint en son fond. On n’efface pas si facilement sa propre nature, pas plus que l’éducation reçue ou bien le milieu dont on est issu. Ceci dit, mon point de vue, bien éloigné aujourd’hui de cette esthétique existentielle, n’est en rien un jugement, seulement un ressenti que j’essaie de restituer dans le cadre de l’époque qui l’accueillit. Plus tard, prenant de l’âge et se soumettant, malgré lui, aux lois des codes vestimentaires, il troqua l’uniforme de cavalerie contre le costume trois pièces. Cependant, d’une façon indélébile, c’est cette image de lui, botté et culotté qui demeure prégnante comme le sont les fascinations de l’enfance. Merci à lui d’avoir su imprimer dans ma jeune conscience une image si persistante. Parfois les filiations sont au prix de phénomènes identificatoires. Du moins sur le plan intellectuel et sentimental. Pour ma part j’ai toujours opté pour une vêture aussi simple que possible, inclinant essentiellement vers une ruralité, comme une sorte de ressourcement, de remontée vers l’origine. Un éternel retour du même en quelque sorte !

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Published by Blanc Seing - dans Petites Madeleines
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