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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 09:22
Soumission – Michel Houellebecq.

Source : Vosbooks.

Propos liminaire.

Cet article, comme la plupart de ceux que j’écris, partent du-dedans de l’œuvre pour porter un point de vue aussi objectif que possible sur l’œuvre elle-même. La littérature jugée à l’aune de ce qu’elle est intrinsèquement, à savoir une œuvre d’art qui n’ a rien à voir avec les facteurs extra-littéraires quels qu’ils soient : vie de l’auteur, prises de positions forcément polémiques, préjugés divers entourant certains sujet de société. Procéder d’une autre manière conduit, inévitablement, à prendre en compte des facteurs qui, par définition, ne sauraient faire partie de l’art, seulement établir quelques discours mondains. Donc l’œuvre en tant qu’œuvre et ses fondements, ses lignes de force, ses thèses dans la perspective d’une compréhension du monde.

Cependant, il est toujours possible d’expliquer une œuvre grâce au vécu de son auteur : la peinture de Van Gogh et son destin tragique par exemple. Mais, ici, c’est moins la biographie qui compte que l’élaboration d’une thèse qui, hors la vie du peintre, ne saurait exister.

Pas de recension, une thèse sur l’œuvre.

Considérant que l’œuvre de Houellebecq ne constitue ni une approche de sociologie, ni une théorie politique au sens strict, mais relève essentiellement d’un propos sur la littérature, le résumé de Wikipédia suffira à saisir le contenu et les situations dont l’auteur s’empare afin de nous entraîner dans une fiction aussi étonnante que sujette à questions. Tous les faits qui traversent l’histoire (polygamie, port de la burqa, rôle dominant de l’homme dans la culture orientale, soumission de la femme, nécessité de la conversion, etc …) ne sont là que pour donner corps et vraisemblance à cette fable tout entière destinée à une appréhension d’une réalité supérieure, celle de l’art.

Quatrième de couverture de l’éditeur.

« Dans une France assez proche de la nôtre, un homme s'engage dans la carrière universitaire. Peu motivé par l'enseignement, il s'attend à une vie ennuyeuse mais calme, protégée des grands drames historiques. Cependant les forces en jeu dans le pays ont fissuré le système politique jusqu'à provoquer son effondrement. Cette implosion sans soubresauts, sans vraie révolution, se développe comme un mauvais rêve. Le talent de l'auteur, sa force visionnaire nous entraînent sur un terrain ambigu et glissant ; son regard sur notre civilisation vieillissante fait coexister dans ce roman les intuitions poétiques, les effets comiques, une mélancolie fataliste. Ce livre est une saisissante fable politique et morale. »

Résumé - ( Wikipédia).

« L'histoire se place dans un futur proche : François, un professeur de littérature parisien spécialiste de Huysmans, sent venir la fin de sa vie sexuelle et sentimentale, avec pour seule perspective la vacuité et la solitude. L'environnement décrit au début du roman est inquiétant : des affrontements réguliers entre jeunes identitaires cagoulés et jeunes salafistes ont lieu, les médias semblent - par crainte d'un embrasement généralisé - ne pas relayer toutes les informations, le pays paraît être au bord de la guerre civile.

Les bouleversements politiques de l'élection présidentielle française de 2022 amènent au pouvoir un leader intelligent et charismatique d'un nouveau parti politique. Après qu'il a réussi de justesse à se hisser au second tour de l'élection présidentielle, Mohammed Ben Abbes, président de ce nouveau parti nommé « La Fraternité musulmane », réussit, grâce au soutien au second tour de tous les anciens partis politiques traditionnels face au Front National lui aussi présent au deuxième tour, à être aisément élu.

Ce changement politique offre au narrateur une seconde vie et une seconde chance. Parmi les changements notables découlant de cette élection, la France est pacifiée, le chômage chute, les universités sont privatisées et islamisées, les professeurs doivent être musulmans pour pouvoir enseigner, la polygamie est légalisée, les femmes n'ont plus le droit de travailler et doivent s'habiller d'une manière "non-désirable". Grâce au soutien d'un ministre de Ben Abbes, le professeur semble s'être lui-même convaincu de retrouver le chemin des honneurs et un poste à l'université au prix d'une conversion à l'islam.

Plusieurs personnages politiques réels apparaissent dans le roman parmi lesquels François Hollande et Manuel Valls, respectivement Président et Premier ministre jusqu'en 2022, Marine Le Pen, candidate malheureuse au second tour de l'élection présidentielle de 2022, François Bayrou qui est choisi comme Premier ministre par Mohammed Ben Abbes ou encore Jean-François Copé. »

Quelques notes éclairantes de la critique.

Nathalie Crom – Télérama.

« C’est alors que, insensiblement, le roman glisse vers son dessein profond : s’interroger sur la place du sentiment religieux dans la modernité occidentale, sur le nihilisme et la mort de Dieu, et énoncer à travers l’itinéraire spirituel du narrateur, la possibilité d’une rupture collective et historique majeure. »

Emmanuel Carrère – Le Monde des livres.

« Ce renversement radical des perspectives, c’est ce qu’en termes religieux on appelle une conversion, et en termes historiques un changement de paradigme. C’est de cela que parle Houellebecq, il ne parle jamais d’autre chose (…) comme s’il avait accès aux livres du futur -, et c’est pour ça que nous le lisons tous, médusés. »

« Soumission » : un chemin vers la transcendance.

Aborder ce livre de Houellebecq, tout comme les précédents, nécessite la mise en œuvre d’une lecture distale, éloignée du sujet apparent qui en constitue l’ossature, pour aboutir à une réelle compréhension, alors qu’une lecture proximale ne ferait qu’en frôler l’écume, sans pénétrer le monde profond qui le sous-tend et le détermine de fond en comble. Car, s’il y a bien cette histoire d’un professeur d’université aux prises avec l’existence, c'est-à-dire avec l’amour, le travail, la douleur, les contraintes alimentaires, l’addiction à la cigarette et l’alcool, ceci ne constitue que l’enveloppe externe des choses. Au centre de cet être apparemment en perdition, parfois au bord de la déliquescence, toujours pris dans les mailles de la déréliction, il y a le noyau dur qui se rebelle et cherche une issue à sa vie, à son combat de tous les jours. Or, on ne sort de ses propres contradictions qu’à l’aune d’une philosophie exigeante, d’une « soumission » - acceptée, celle-ci -, au domaine de l’art, d’une sortie de soi en direction de la littérature. Ce qui se dit ici, en termes de destin individuel, ne fait que refléter une aspiration humaine - fût-elle dissimulée et cryptée sous le masque des conduites stéréotypées et ambiguës -, inclination donc à la transcendance dont le phénomène religieux est l’une des figures les plus évidentes, donc des plus reconnaissables, alors que l’art, dans ses manifestations est transcendance même de la relativité mondaine en direction d’un absolu.

La thèse que je propose est donc la suivante : Pris dans le carcan d’une vie qui l’étouffe, François, le narrateur, n’a guère d’autre choix que de s’adonner à la passion de la littérature, tout comme l’on peut se livrer à la passion de la foi. Sa conversion, bien plutôt que de constituer un itinéraire spirituel au terme duquel se montre la révélation est le point d’orgue du surgissement dans l’aire des pensées, des idées qui constituent le nécessaire arrachement au réel afin que quelque chose comme une entente avec l’être puisse avoir lieu.

Le désenchantement du monde.

A partir d’ici, nous ne pouvons faire l’économie d’une des clés de compréhension majeure de la modernité, laquelle repose sur l’idée qu’une manière de paradis a été perdu, paradis qui existait dans la littérature sous la forme du monde enchanté du conte avec son penchant pour le merveilleux, le surnaturel, la magie. Les Lumières sont venues éclairer la lanterne de la raison, Voltaire voulait « déniaiser le peuple ». Il a réussi, avec ses coreligionnaires, à ôter une espérance qui reposait, pour une bonne part, sur des croyances religieuses dont il ne convient pas que nous nous mettions en quête de leur bienfondé. C’était le mouvement naturel de cette époque, la manière de s’y prendre avec le réel. Le rabot de ces « affections primaires » a tellement bien fonctionné qu’il n’en est demeuré que quelques ilots perdus dans un océan de rationalisme. A tel point que ce concept de désenchantement est devenu un des paradigmes essentiels avec lequel composer afin de pouvoir continuer à penser. Max Weber et Marcel Gauchet en ont été les porte-drapeaux.

Et cette idée est enracinée à tel point dans les mentalités contemporaines qu’elle a donné lieu à la thèse de Michel Maffesoli, lequel en propose en quelque sorte l’antidote dans son ouvrage : « Le réenchantement du monde - Une éthique pour notre temps ». Le destin de nos sociétés postmodernes serait celui d’un ressourcement, d’une façon qu’auraient les esprits de s’abreuver à une « raison sensible », de reconnaître la sensualité comme mode de connaissance, de s’adonner aux « sentiments d’appartenance ». « Sentiments d’appartenance », autre nom pour la religion dont l’étymologie est de « relier ». Serait-ce aussi un autre nom pour l’art ? Sans nul doute si on le considère en tant que fruit d’un acte libre débouchant sur une vérité, souvent comme une communion des hommes vers quelque chose qui les dépasse, une quête d’infini dont l’artiste fait son medium pour atteindre une dimension qu’il faut bien nommer « cosmique » afin d’en dégager aussi bien le caractère de puissance que d’invisibilité. Ici, nous percevons combien la frontière est ténue entre art, littérature et religion, dès l’instant où la vue s’élève pour rejoindre l’espace d’une esthétique et l’exigence d’une éthique.

Le vice fondamental du christianisme.

Selon le narrateur, le christianisme a commis l’erreur de réaliser une confondante hypostase en deux étapes : Dieu « régressant » en Jésus. Jésus « régressant » en l’homme. Pour François, l’incarnation est le « péché » par lequel cette religion s’est condamnée sans appel à tomber du spirituel dans le séculier dense et opaque, sans espoir de pouvoir, un jour, s’en exonérer. Ceci est si irrémédiable que Dieu semble « s’être tiré une balle dans le pied » et avoir compromis toute chance de généalogie. Ceci, Nietzsche l’appelle la « mort de Dieu », laquelle installe le nihilisme et la perte irrémédiable des valeurs que sous-tendait une indispensable morale. Le couple Dieu-Jésus, abandonnant les sphères célestes donnait le champ libre à ce que le spécialiste de Huysmans réprouvait comme si cela avait été un reniement de la religion à paraître selon ce qu’elle est - un exhaussement de l’homme en direction de son propre dépassement vers le Créateur -, pour faillir dans cet humanisme qui, en fin de compte apparaît aux yeux de son détracteur comme un simple dévoiement d’une voie infiniment plus glorieuse.

Aucune transcendance ne saurait se négocier, composer avec autre chose qu’elle-même. Jamais l’absolu ne sort de lui-même. Faiblesse de l’homme que de penser différemment. C’est pour cette raison que l’universitaire, tout entier tendu vers le saisissement des choses fondamentales en ce qu’elles sont signifiantes, réprouve aussi bien l’existentialisme que son credo de l’engagement. Si l’engagement existe, il ne peut que dépasser l’homme. La liberté n’est pas de nature humaine, elle transcende, comme la vérité, tout comportement ou tout jugement de valeur la concernant. Elle est, tout simplement, d’une autre essence.

La croix étant faite qui biffe l’humanisme et le rejette à la façon d’une événement purement contingent, vers quoi donc l’exigence de l’homme pourrait-elle se porter de manière à ce qu’un sens puisse être annoncé et porté au bout de lui-même dans la connaissance d’un ordre qui le dépasse ? Sinon vers la littérature, vers l’art qui est la religion de l’intellectuel, l’aire de jeu de ces élites qui pensent hautement et ne veulent réduire la connaissance à l’émiettement de l’esprit dans de simples tessons de poterie. Seule l’amphore est signifiante qui porte entre ses flancs l’être qui la commet à paraître et à assumer son essence parmi la multitude. L’amphore comme vase sacré dont la tension des parois est plénitude du dieu qui l’habite et la remet aux humains comme une offrande. C’est le dieu qui offre la libation, l’homme qui la reçoit et la boit si, du moins, il est digne de recevoir ce message de l’Olympe. Les hauteurs ne sont jamais monnaie d’échange mercantile. La montagne ne s’abaisse nullement vers le marcheur afin qu’il s’empare de son sommet. C’est bien plutôt de l’inverse dont il s’agit. Toujours l’ascension de l’immanence vers la transcendance.

Ainsi, lire Huysmans, suivre son trajet depuis son inspiration naturaliste, matérialiste et l’accompagner jusqu’à son ascension idéaliste, mystique, sa conversion au catholicisme, c’est faire l’exact chemin de la prose vers le poème, du lexique unitaire vers la rhétorique pleine qui porte la littérature sur les fonts baptismaux de l’art. C’est ainsi, la peinture, la sculpture, les arts plastiques en général, la musique ne peuvent prétendre « jouer dans la cour des grands » que lorsque le propos est passé du bavardage au dire essentiel. Homère ne s’exprime pas comme les bergers d’Arcadie. Il s’adresse à ses lecteurs dans la langue des dieux, la seule qui convienne au chef d’œuvre.

Avec Huysmans vers le spirituel.

Le destin de François joue en abyme avec celui de Huysmans, illustre modèle auquel il s’identifie au point de se confondre avec lui dans une même quête existentielle, littéraire et, pour finir, religieuse. En effet, les thèmes de rencontre, les convergences et les dilections sont si intimement liées qu’il faudrait en faire un patient et laborieux inventaire tout au cours du livre. Citons seulement quelques attitudes siamoises. Ils ont une identique vision décadente et antimoderne du monde, une inclination à vivre dans la solitude, à affirmer un caractère volontiers misanthrope, ils abhorrent les élites de leur temps, leur propension à s’inscrire dans le bien-pensant, à valoriser les activités mercantiles, ils apprécient l’usage du tabac, la consommation d’alcool, ils souhaitent une vie conjugale qui allie tout à la fois le plaisir sexuel ainsi que l’épouse aimante et disponible commise à concocter une cuisine de qualité, ils éprouvent une similaire nostalgie de l’époque où le mariage garantissait la durée du couple dans le temps, ils éprouvent le même goût de la recherche intellectuelle, tous les deux créent à partir de brillantes dispositions littéraires (Huysmans une œuvre entière ; François une thèse très remarquée, puis un travail d’introduction à une édition sur le « naturaliste-spiritualiste » dans la très prestigieuse collection de La Pléiade), un attrait en direction d’une conduite mystico-religieuse (Huysmans fera plusieurs séjours dans différents monastères, y compris dans l’abbaye de Ligugé que visitera, à plusieurs reprises son « disciple », François, abbaye dont l’auteur « D’à rebours » deviendra oblat). Parcours identiques dont François avouera, d’une façon désabusée, que la vie de Huysmans et la sienne étaient tout simplement des fac-similés : « Ma vie en somme continuait, par son uniformité et sa platitude prévisibles, à ressembler à celle de Huysmans un siècle et demi plus tôt. »

D’une transcendance l’autre.

Peu de temps avant sa conversion à l’islam et après avoir bouclé le cycle Huysmans par un brillant texte destiné à servir de commentaire à l’œuvre dans La Pléiade, François fait la constatation désabusée conforme à sa propre logique existentielle :

« Je rentrai doucement à pied, comme un petit vieux, prenant progressivement conscience que, cette fois, c’était vraiment la fin de ma vie intellectuelle ; et que c’était aussi la fin de ma longue, très longue relation avec Joris-Karl Huysmans. »

La littérature, l’art auront conduit l’exégète du naturaliste jusque sur les rives d’une transcendance, à savoir dans l’orbe du religieux auquel le brillant penseur confiera la suite de son destin. Se passer de Huysmans devient maintenant possible car d’autres alter ego s’y seront substitué avec bonheur. Rediger, d’abord, cet éminent président de l’université Paris-Sorbonne ( il n’est pas indifférent de savoir qu’il vit dans l’ancienne maison de Paulhan, cette ancienne éminence grise des lettres), Rediger donc qui vulgarise les notions fondamentales du Coran à des fins de prosélytisme (il deviendra ministre) ; Ben Abbès, ensuite, le très charismatique nouveau Président de la République dont chacun reconnaît les talents de visionnaire, enfin, tout au bout de la chaîne, au sommet de la « vision », la haute stature de Nietzsche, la figure étonnante de son Zarathoustra, la surpuissance du Surhomme comme une haute parole chargée de prophétiser et de dépasser la mort de Dieu, le nihilisme avancé qui, partout, frappe à l’aveugle et réduit les consciences à n’être plus que peau de chagrin.

D’un visionnaire l’autre.

Et, en guise de conclusion, comment ne pas parler de l’auteur, seulement pour boucler le chemin du sens ? En ce début de millénaire hautement décadent, Michel Houellebecq, œuvre après oeuvre, nous livre, dans des ouvrages d’une rare qualité littéraire, ses images de visionnaire, ses intuitions prophétiques qui l’habitent à la manière d’une maladie intérieure qui le rongerait, tout comme son narrateur, François, subit les assauts d’un corps soumis à des attaques sournoises. Etonnantes méditations portées au plein jour avec ce qu’il faut de talent et de courage pour faire tenir debout un édifice chancelant par définition puisque le cœur qui l’habite est pris de soudaines arythmies et qu’à tout moment la crise d’infarctus est proche qui menace de tout reconduire au néant. Magnifique prose qui, dans un style exalté nous livre une manière de « crucifixion en noir » dont l’homme est atteint depuis l’origine. Insolent et téméraire « voyage au bout de la nuit ». L’individu, tout individu, en est la victime expiatoire à son corps défendant ou bien consentant. La lecture de cet auteur exigeant place souvent bon nombre de lecteurs dans une posture de rejet immédiat. Houellebecq nous livre, à chaque fois, la bogue de l’oursin avec ses épines violettes hautement urticantes. Il ne faut nullement hésiter à s’en saisir et à les dépasser afin d’avoir accès au sublime corail qui est cette « chair du milieu » du sens. Car on ne saurait mieux lire !

Extrait. (Belle page sur la condition existentielle de l’écrivain).

« Alors bien entendu, lorsqu’il est question de littérature, la beauté du style, la musicalité des phrases ont leur importance ; la profondeur de la réflexion de l’auteur, l’originalité de ses pensées ne sont pas à dédaigner ; mais un auteur c’’est avant tout un être humain, présent dans ses livres, qu’il écrive très bien ou très mal en définitive importe peu, l’essentiel est qu’il écrive et qu’il soit, effectivement présent dans ses livres (il est étrange qu’une condition si simple, en apparence si peu discriminante, le soit en réalité tellement, et que ce fait évident, aisément observable, ait été si peu exploité par les philosophes de diverses obédiences : parce que les êtres humains possèdent en principe, à défaut de qualité, une même quantité d’être, ils sont tous en principe à peu près également présents ; ce n’est pourtant pas l’impression qu’ils donnent, à quelques siècles de distance, et trop souvent on voit s’effilocher, au fil des pages qu’on sent dictées par l’esprit du temps davantage que par une individualité propre, un être incertain, de plus en plus fantomatique et anonyme). De même un livre qu’on aime, c’est avant tout un livre dont on aime l’auteur, qu’on a envie de retrouver, avec lequel on a envie de passer ses journées. Et pendant ces sept années qu’avait duré la rédaction de ma thèse, j’avais vécu dans la compagnie de Huysmans, dans sa présence quasi permanente. »

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Published by Blanc Seing - dans LITTERATURE
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