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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 10:49
C’était octobre finissant.

C’était octobre finissant. Il y avait si peu de jour et bientôt la nuit sèmerait son trouble, les hommes dormiraient. Seules les étoiles dans le ciel sans limite. Allant au hasard des rues, pourquoi avait-il fallu que je pénètre dans ce square ? Et, surtout, que je vous y rencontre. Enfin, voilà que je verse dans l’excès. La rencontre fut seulement visuelle. Votre regard, vous assise sur ce siège de bois, je l’ai saisi comme on le fait du froid, avec un frisson levant ses picots le long de l’échine. Un genre d’hibernation soudaine et le massif de la langue collé au palais. Comment aurais-je pu vous adresser la parole ? Jamais on ne parle à une déesse. Seulement la méditation, l’incantation intérieure et les mots au silence, recueillis devant tant de pure beauté.

Votre apparition - car c’en était une -, voici l’image qu’elle me livrait. Une coiffure semblable à celle de la Belle Epoque, deux courtes vagues de cheveux partagées en leur milieu, retenues par un discret bandeau, un front aussi blanc que la neige, le visage serti dans un ovale régulier, une bouche à la délicatesse de rose, deux arcs de sourcils réguliers qui cernaient de grands yeux sombres où semblait se lire, sinon une tragédie, du moins une infinie mélancolie. Un cou gracile comme le col d’une amphore, rehaussé d’un rang de perles claires. Vêtue d’une robe légère, près du corps, que soulignaient deux fines bretelles. Une fragilité dans la fraîcheur qui tombait.

Fallait-il être désemparée, pensais-je, pour s’offrir ainsi aux rigueurs du temps. Cependant, je ne voulais penser plus avant, imaginer une intrigue, édifier une fable qui eût détruit la beauté du geste dont vous me faisiez l’offrande. Le romanesque est toujours une perversion du réel, une fuite facile de ce qui cherche à se montrer. Je n’eus guère le loisir de songer longuement à ce qui pouvait vous affecter. Soudain, vous vous êtes levée comme sous l’effet d’une aimantation, avez gravi les marches, vous appuyant, parfois, contre la pierre des balustres. Je vous ai suivie, discrètement, non pour vous aborder, seulement pour mieux cerner cette existence au bord du vide. Sur le boulevard presque désert une longue limousine noire s’est arrêtée. Un homme élégant vous a ouvert la portière arrière. Vous êtes montée. La portière s’est refermée avec un bruit d’étoupe. La voiture a remonté lentement l’avenue. Il y avait comme une césure du temps. Je suis resté sur le trottoir de ciment gris, les mains enfouies dans les poches de mon manteau. Il ferait froid cette nuit sur la terre et les hommes se perdraient dans la serre chaude de leur chambre. Il ferait froid cette nuit, le jour serait long à venir !

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Published by Blanc Seing - dans Microcosmos
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