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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 07:49
PETITE PROSE DU JOUR : H & B (1)

Bâtisse blanche, grande, face à la mer, à la plage de galets noirs. Lumière levante de la mer sur la courbure des pierres, sur le fronton de la bâtisse où un mot est écrit en lettres noires, un peu usées par la mer, le vent : L’AMISTAT, en lettres noires, en haut du blanc de la bâtisse, face à la mer.

Façade trouée de plaques de verre, grandes, d’une porte, large, aussi, à double battants, toujours ouverte, disponible à l’entrée des passants, à leur accueil dans les salles de L’AMISTAT, près des grandes baies par où la mer se laisse voir.

Allées et venues des passants, dehors, sur les trottoirs de ciment gris, près du comptoir de bois noir, long, à peine visible dans la lueur des plafonniers, près du mur blanc où sont des photos dans des cadres noirs. Photos d’hiver. Neige sur les arbres de la place, sur l’arrondi des fontaines, sur le fronton de la bâtisse, grande, blanche.

Passants sur les trottoirs de ciment. Leur regard traverse les baies, se pose sur les tables rondes cerclées de métal, sur les buveurs autour des tables. Les buveurs, derrière les baies, regardent longuement la mer, les galets, les passants qui les regardent.

Sur les tables cerclées de blanc, des cartons ronds, épais. SAN MIGUEL, ESTRELLA, les mots écrits, en rouge, en noir, sur les ronds de carton où sont posés des verres ovales dans le pétillement des bulles blondes.

D’autres verres, plus hauts, plus étroits, posés sur des cartons, aussi, TIO PEPE, DIAMANTE, les noms gravés sur les cartons. Salle où sont les photos de neige, plafond très haut, voûté, couleur d’argile qui vient du rassemblement des briques, des reflets de la rue, aussi, dans sa consistance de poussière, parfois; béton gris qui habille le lit ancien du Rio où poussent les lauriers-roses aux feuilles étroites comme des lames, où la lumière joue avec le rose des fleurs, le vert acéré des feuilles.

Rectangulaires, les tables où sont posés les verres étroits, sous la lumière des tuiles roses. Présence de cartes, longues, fines dans leur épaisseur, habitées de figures colorées, de figurines, noires, souvent, rouges aussi, que des mains tiennent, en éventail, dans le chevauchement des figures. Jeu de tarot supposé, livré à l’affairement des mains, au glissement des doigts sur les bords tranchants des cartes qu’on abat sur les tables dans un bruit sec qui se mêle aux rumeurs, aux mouvements des passants dans les salles, qui appellent les mouvements des passants dans la rue, cartes en éventail, serrées dans des mains, noires, noueuses souvent, usées par le soleil, le vent, le glissement des cordages, des filets aux mailles serrées. Mains noueuses dans leur habileté à poser les cartes sur la table, sans hésitation, dans la sûreté du geste qui dit le désir d’avoir, de rassembler les figurines, dans le plus grand nombre, de superposer les lames dans la netteté de leurs plis, de les poser sous les coudes, abritées dans l’instinct de leur seule possession dont les mains s’assurent, lissant le bord étroit des cartes qui s’impriment dans les rides, dans les doigts usés. Possession du regard, aussi, dans la fente des yeux, rapides à estimer, à faire l’inventaire. Les doigts sont levés, parfois, dans la demande d’un autre verre, de TIO PEPE, de DIAMANTE, qu’un serveur apporte. Fraîcheur du verre qui transpire dans l’air tendu, sous la voûte de briques et fait un éclat blanc parmi les figurines. Sons proférés dans le tumulte de la salle, réverbérés par le creux des briques, claquements de doigts dans l’abattement des cartes, croisement rapide des figurines, du Bateleur, de Chariot, de l’Empereur. Jeu mêlé des mains, des lames qui changent de mains, s’empilent dans le noir arrondi des Deniers, le rouge écarlate des Coupes, le noir effilé des Epées, le rouge large des Bâtons. Mouvement continu des mains dans l’entrecroisement des gestes habiles à se reconnaître, s’éviter, à prendre dans la plus grande sûreté, à battre les lames, à les mélanger, les distribuer. Souvent les bouches sont demandeuses de cartes, de boisson aussi. Volutes de fumée qui courent le long des baies, dans la dissimulation des rives du Rio, dans l’atténuation de ce qui est vu, dans la salle aux cadres de neige, au haut plafond d’argile cuite.

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Published by Blanc Seing
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